S.1, Chapitre 5

« Réveille toi »

Sa main est dans la mienne. Elle est froide, inactive. Pleins de trucs sont percés dans ses veines.
Je regarde son visage, il est pâle, et ses yeux semblent être fermés depuis une éternité. Les bip d’une machine se transforment en insupportables bruits de fonds.
Je fixe son visage, car j’ai peur que si je tourne le dos ne serait-ce trois secondes, elle ouvre les yeux, mais ré-chute juste après, sans que je la voit pour pouvoir lui donner des claques afin qu’elle se réveille définitivement.
Ça fait 10 minutes que je scrute chaque partie de son visage, de ses paupières, pour surprendre le moindre mouvement qui peut me donner un minuscule espoir, me chuchotant qu’elle est encore un peu consciente, encore un peu vivante… Mais rien. Son visage est immobile, et son corps entier semble paralysé.
Tu sais, dans les films, les gens parlent aux gens qui sont dans le coma. On dirait presque une conversation avec un mort. Pourquoi les gens tiennent autant à parler à quelqu’un qui ne répond même pas ? Peut être parce que ils sont sûrs et certains qu’ils sont écouté, et juste ça, ça suffit pour les rassurer.
Moi, je n’y arrive pas. Je ne parviens pas à lui parler, et je suis pourtant planté à son chevet depuis 10 minutes. J’attends juste qu’elle se réveille, comme lorsque mon frère restait planté devant mon lit à me regarder bêtement dormir, en attendant que j’me réveille.

Je regarde discrètement vers Raphaël, qui ne regarde pas Flo, mais moi.

-« Timothée, je te conseille de ne pas trop espérer que…
-Tais-toi.
-Attends… Mais sois réaliste, sa tête a été percutée par une voiture, et…
-Oh t’as pas compris ou quoi ? Je t’ai dis de la fermer ! »
Je sens une boule me serrer le ventre et la gorge. Jim se manifeste :
-« Raphaël, s’il te plaît. Laisse le, et Tim, détends toi, un peu aussi. »

Je me lève, et leur tourne le dos en regardant par la fenêtre. Les feuilles des arbres sont peints de rouge, de jaune et de vert, et un paysage mêlant été et automne se laisse observer par mon regard rongé par des sentiments amers. Il fait nuageux, puis tout semble aussi immobile que Flo sur lit d’hôpital.
Jim casse le silence :

– » Vous pensez vraiment que Flo aimerait qu’on s’apitoie sur son sort ? Imaginez, si elle nous entend. Elle serait heureuse, de voir ses deux amis se disputer car l’un d’eux n’a même plus espoir qu’elle se réveille ? Putain les gars, sérieux quoi, réfléchissez deux secondes : L’accident n’était qu’hier, ce n’est pas parce que elle ne se réveille pas dans les 24 heures, qu’elle va mourir, hein… ? »

Je regarde toujours par la fenêtre, et reste silencieux. J’attends que Flo se réveille. Je me mords l’intérieur de la joue depuis tout à l’heure, pour retenir toute sorte d’expression faciale, car je sais que si je perds le contrôle d’un seul détail, je perds le contrôle de tout.
Gardons les yeux fixés sur la fenêtre.
Qui ça, on ?
Bah moi, la petite voix dans ta tête à qui tu parles quand tu te retiens de péter la gueule de certains ! Nous deux. Toi, et moi. Gardons les yeux fixés sur la fenêtre
Très bien. Gardons les yeux fixés sur la fenêtre.

J’entends la voix de Raphaël baisser d’un ton :
– » Jim, elle a eu un choc au cerveau. Au cerveau.
-Mais et alors ? Ça vaut quand même la peine qu’on se batte pour elle.
La voix de Jim tremble. Il faut que Raph se taise.
Je me retourne brusquement, attrape Raphaël par le col et le plaque contre le mûr, en le regardant droit dans les yeux :

« – Toi, là. Ouvre grand tes oreilles. Flo est la meilleure amie de Jim depuis toujours. Il y a deux ans, c’est elle qui nous a défendus tous les trois, lorsque on se faisait laminer par ce con de prof d’espagnol. Tu t’en rappelle, de ça ? Hein ? Dis moi que tu t’en rappelle.
Il ne dit rien. Et moi, je continue à l’insulter, juste sur le rythme des mots que je lui balance.
« On a toujours été soudés, et ça fait deux ans que jamais l’un n’a lâché l’autre. C’est elle qui m’a apprit le skate, c’est elle qui est venue grimper à ma putain de fenêtre lorsque mon frère s’est barré, quand mes parents menaçaient de divorcer en se frappant presque dessus, et que j’étais là, comme un con à chialer toute ma morve sur mon oreiller. C’est elle qui a fait un petit feu sur mon toit pour me faire griller des marshmallows, le jour où mon grand-père est mort. C’est elle qui fou l’ambiance, dans notre foutu trio. Elle est notre famille. Nous sommes sa famille. Alors si elle crève, là, maintenant… »
Je n’arrive pas à finir ma phrase, je me suis soudainement arrêté de parler. Et si elle crève là, maintenant ? Et après ? Que va-t-il se passer ?
Je reste planté là, le col de Raph dans les mains, mon regard dans le sien, mes dents qui mordent encore plus fort ma joue gauche. Je finis par le lâcher contre le mûr.
Une infirmière débarque, et m’ordonne de sortir.

Je monte à l’étage, et me dirige jusqu’aux toilettes pour me rafraîchir un peu, et je me regarde dans le miroir. J’ai le visage fatigué, les traits qui sont contractés de partout, le regard presque plié en deux, et de la sueur coule sur mon front. Je reste là, bêtement à me regarder. Qu’est ce que j’peux avoir une sale gueule…
Est ce que il y a quelque chose que je mérite, dans tout ça ? Au plus je me regarde, au plus je me trouve fragile. Alors je me laisse tomber par terre, en faisant glisser mon dos contre le mur, et je mords toujours ma joue gauche.
Je recommence à sentir peu à peu cette solitude, où tu sens tous les silences, où tu sens tout ce qui ne va pas, dans les moindres détails, d’une manière de plus en plus forte.
Soudain, j’entends quelqu’un tambouriner à la porte, ce qui me fait sursauter.
– » Euh, c’est prit !
-Ouvre cette putain de porte !!! »
Non, pas lui. Pas lui, pas lui. Il ne manquerait plus que ça. Pas lui.

-Bah alors, on se planque dans les chiottes ?
OK, c’est bien ce que je craignais.
-« Erwan… Qu’est ce que tu fous ici ?
-T’as qu’à demander ça à Flo ! Enfin… SI elle se réveille.
-Qu’est ce que tu veux, encore ?
-Il se trouve que ta chère et tendre amie devait me rejoindre au hangar aujourd’hui pour me rendre 400 balles. J’attendais patiemment, mais toujours rien. Alors c’est Dalila qui m’a dit ou se cachait ta putain de Flo. Et quel dommage… J’ai appris qu’elle était comme par hasard dans le coma !
Une baffe me gifle le cœur. Dalila eu le culot de dénoncer Flo… Après ce discours où il fait comme si il avait pitié, suivi d’un sale silence, il s’approche de mon visage et m’ordonne à voix basse :
-Passe les moi maintenant.
-Mais t’es timbré, ou quoi ? Pourquoi ça doit être moi qui doit te payer sa foutue dette ? Et je…
-Si j’étais toi, je ne discuterai pas. Tu vois, je suis assez pressé.
Les lèvres d’Erwan commencent à dessiner un sourire en coin, et je n’aime pas du tout ça.
-Désolé mais il faut que tu descende de ton petit nuage, 400Euros ne tombent pas du ciel. Je n’ai rien sur moi.
-Oh, mais ne t’inquiète pas pour ça, j’ai tout prévu. Je t’ai ramené deux types qui t’aideront à visiter la banque d’en face ! Ils ont de l’expérience, ne t’en fais pas…
Je recule, en lui faisant comprendre par ce simple geste qu’il doit vite oublier cette idée foireuse. Il poursuit sur un ton un peu trop doux et un peu trop tendre :
– Tu prends le fric, tu me rejoins au hangar, tu me passe le butin et on n’en parle plus.
Ma respiration s’accélère.
-Non, Erwan tu va trop loin. Je ne vais pas braquer une banque, je peux pas… Je ne peux pas faire ça.
Je commence à avoir chaud à la tête… Il faut que je parte, mais Erwan est plus rapide que moi et s’enferme dans les chiottes avec moi et les deux autres types.
-C’est vraiment dommage, parce que… Si je n’ai pas le butin aujourd’hui, Flo n’en aura plus pour très longtemps…
Sur ces mots, un des accompagnateurs d’Erwan sort un sécateur. Il poursuit:
-Il suffit d’un petit coup de cet engin, et hop ! Comme par magie, Flo est débranchée.
Je ne peux pas entendre ça, ni le laisser dire un truc pareil. Je me jette sur lui, cherche à l’étrangler en lui foutant des coups de poing, mais son pote se jette sur moi et cogne ma tête contre le lavabo. Erwan se lève, la main sur son arcade sourcilière qui pisse le sang et s’approche de moi. En perçant son regard droit dans le miens, il me dit :
– » On va faire un marché. Si tu parviens à récupérer mes 400Euros…
-Ta gueule ! Ce ne sont pas TES 400 Euros. Flo a toujours payé dans les temps ce que tu lui vend, même le cannabis de l’autre fois. Tu inventes un truc pour profiter de son coma et nous voler, connard !
Erwan fait un signe de tête à son pote. Celui-ci me met un coup dans la figure, avant d’en mettre un deuxième dans le ventre.
-Je te conseille de me laisser terminer. Tu en veux d’autres pour t’aider à la fermer ?
Après un cri de douleur étouffé immédiatement par un chiffon dans la bouche, je me laisse tomber au sol. Je veux sortir, et je ne peux pas. Je suis prisonnier, comme un esclave. Je suis tenu en esclavage par des dettes que je ne réussirai jamais à payer, par cette foutue drogue contrôlée par un fou qui menace de tuer mon entourage. Je ne peux rien faire d’autre que de la fermer et l’écouter. Alors, il poursuit :
– Si tu parviens à prendre MES 400 Euros, avec bien entendu plus de pognon en rab, je te file 3kg de shit.
Il se lève, se rince la figure, va pisser devant moi comme si de rien n’était, et se replace devant moi, en finissant sur ces mots :
-Par contre… Si tu échoues… Tu peux lui dire « bye-bye ! » dit-il, en agitant son sécateur en imitant bêtement le geste que les enfants font, pour dire « au-revoir »
J’ai envie de crever, j’te jure. Dans les deux cas qu’il m’a présenté, il y a un crime, un délit. Aucun ne fait preuve de bon sens. Puis je me rappelle de ce qu’a dit Flo, ce soir-là où nous avions mangé des marshmallows grillés sur mon toit :

« J’suis pas terrible, comme pote. Mais je fais de mon mieux pour t’aider, même si ces trucs sont plus cramés qu’autre chose… »

Moi non plus, je ne suis pas un bon pote. Mais si voler peut t’éviter de crever… T’en penses quoi ? Nan, je suis con. Je me parle à moi même comme si Flo pouvait m’entendre et me proposer une solution. Et puis merde, finalement, c’est à elle qu’on doit demander son avis !

Erwan m’enlève le chiffon de la bouche, et me regarde en attendant une réponse. Une réponse qui va soit m’emmener au commissariat, soit emmener Flo je ne sais où, quelque part, dans un truc qui s’appelle la mort.

« -Laisse moi au moins la voir. S’il te plaît, juste 5 ou 10 minutes. »

Quand je rentre dans sa chambre, il n’y a ni Raphaël, ni Jimmy. Ils ont du partir à ma recherche. Je m’assois au chevet de Flo, et elle n’est toujours pas réveillée, ses yeux sont encore fermés. J’ai l’impression que chaque seconde dure une éternité. Le temps semble s’être arrêté.
Hier midi, elle me sautait sur le dos, me vidait sa bouteille d’eau sur la tronche quand je me plaignais de la chaleur, roulait en vélo après un camion, et… là, elle dort. Oui, c’est ça ! Elle dort. A force d’être hyperactive, elle est certainement très fatiguée. Alors elle est venue à l’hôpital pour dormir, sans être dérangée chez elle. Elle respire, donc ça va. Elle va se réveiller.
Je regarde autour d’elle. En fait, elle est branchée de partout.

Je sais, je sais. Elle ne dort pas, elle est dans ce truc que je ne veux pas dire. Je veux qu’elle sache que je suis là et que je lui parle, même si elle ne comprend pas ce n’est pas grave.

– « Écoute, p’tite Flo. Tu as des ennuis. Mais ne t’en fais pas, je vais tout régler, je vais essayer de t’aider. Pas de la meilleure manière, je l’avoue… Mais je vais réussir, je…
Soudain, un truc me prend à la gorge. J’ai la gorge qui serre, mon visage qui se contracte et les lèvres qui commencent à trembler. Je les mordilles de toute mes forces, et j’essaye de poursuivre :

« En fait, je… Je m’apprête à faire un truc là, et… Il ne faut pas que je me foire, tu vois… Mais ça va bien se passer pour moi, ne t’en fais… »
Je m’arrête de parler car ma voix tremble, c’est bizarre. Mes mots sont de plus en plus détachés, ma gorge se serre de plus en plus, mon menton tremble de plus en plus, alors je serre sa main le plus fort possible, et je lui dit à voix basse quelques mots qui sont tout simplement la conclusion de ce que je ressens, et de ce que je veux :

« Réveille toi… S’il te plaît.. »
Quelque chose d’humide monte à la surface de mes yeux, et mon visage est maintenant tellement contracté, que je ne veux même pas savoir à quoi je ressemble. Quelque chose de humide provenant de mon œil droit coule sur mon nez, puis s’achève sur ma joue gauche.
Je la regarde, et j’insiste :

« Allez, quoi… Ouvre les… Ouvre les yeux. »
Toujours rien. On dirait qu’elle m’ignore.

Soudain, quelqu’un entre. Non, deux personnes. Puis trois.
Une femme grande et brune, la trentaine d’années environ, en blouse blanche, suivie de Raphaël et Jimmy. Ils savent que je suis dans cette chambre, mais ne me regardent pas dans les yeux. Raph reste impassible, Jim baisse le regard, et l’infirmière regarde profondément Flo, comme si elle attendait aussi qu’elle se réveille. Après un long silence, elle s’avance vers moi pour me dire serrer la main, puis prend la parole :

-« Bonjour. Vous êtes ?
-Timothée. Je m’appelle Timothée.
-Enchantée, je suis l’infirmière de Flora, je me suis occupée de ses examens.
-Alors… Comment elle va ?
Je sens la main de Raph se poser sur mon épaule. L’infirmière me regarde, pour maintenir mon attention sur ce qu’elle s’apprête à dire.
-Elle a fait une hémorragie cérébrale suite au choc. Avec beaucoup de chance, les chirurgiens ont réussi à la sauver de justesse. Je ne sais pas comment ils ont réussi, d’ailleurs. Sachez que votre amie a eu une chance miraculeuse, mais sachez aussi que la partie qui a été touchée est victime de conséquences. Alors…
Je prends une grande inspiration.
-Alors ?
-Elle risque de se réveiller paralysée… Ou bien dans l’incapacité de parler. Il est difficile pour le moment de savoir exactement ce qu’il adviendra si elle se réveille, mais vous devez être tous les trois préparés. Les séquelles sont lourdes, et… A l’heure actuelle, son cerveau ne présente toujours aucune activité. Tout ce que je peux vous conseiller, c’est de faire votre deuil dès maintenant. Nous ne pouvons rien faire de plus.
Après avoir rangé son matériel et trafiqué quelques trucs, un deuxième médecin entre dans la chambre, et me dit paisiblement ces mots :
« Nous avons fait tout notre possible. Je suis désolé. »

Et là, je t’avoue, mais c’est bien parce que c’est toi. Je suis plongé dans une profonde angoisse. Je me vois dans le reflet de la vitre et j’ai le visage rouillé par les larmes, les yeux creusés par les coups.

Je me met spontanément à penser à voix haute, et c’est à lui que je m’adresse sur un ton agressif, cachant mon angoisse et mes larmes :
– « Et si elle mourrait ? Elle irait où ? Puis d’abord, pourquoi on meurt ? Il se passe quoi quand on ne vit plus ? Aaah, vous ne savez pas, ça hein. Putain, pourquoi tout doit s’arrêter, comme ça, en laissant les autres plantés là, impuissants face à tout ça ?
Je sens une profonde colère monter en moi. C’est injuste. La mort devrait être interdite, et être assassinée elle-même par quelqu’un. Le médecin s’avance lui aussi vers moi, et me regarde attentivement. Un truc brille dans sa pupille, un truc que je ne saurai pas décrire. Il reste impassible, et me regarde toujours avec cette lueur qui captive le regard. Je continue de m’acharner :

– « En fait, vous êtes une bande d’incapables. Flo n’a plus d’activité cérébrale, et vous vous permettez de dire que vous avez fait de votre mieux ? Regardez-la. Regardez son visage. Vous comprenez, maintenant ? Non, vous ne comprenez pas. La mort, c’est votre quotidien, vous en êtes blasés, alors tout ce que vous trouvez à dire, c’est « Nous avons fait tout notre possible, je suis désolé ». Hors, c’est faux, vous n’avez pas fait de votre possible, car la mort est toujours là. Vous n’êtes pas désolé, vous avez l’habitude. Elle est là, la différence. Alors arrêtez de vous prendre pour un héros, arrêtez de vous prendre pour un médecin qui sait régler tout type de problème en regardant les patients de haut, car c’est de votre faute, si elle meurt, au final. J’espère que vous le regretterez. Vous m’entendez ? Vous l’avez tuée. et ça, je ne… Je ne vous le pardonnerez jamais. »

Après cette avalanche de mots, je me sens essoufflé, alors je m’assois au bord du lit. Je ne me souviens même plus de ce que je viens de dire, je me sens…. Ouais, non en fait. Je ne me sens rien du tout. Ça sonne creux, dans mon cœur. Je suis vidé de haine, de toute sorte de choses qu’on peut ressentir et vivre, et ce pauvre type en blouse blanche est rempli de tout ce que je viens de lui balancer à la tronche. Il m’a écouté, patiemment, étrangement attentivement, le visage paisible. Raphaël a toujours cette main sur mon épaule, et Jim aussi. Ils ont l’air mal à l’aise, ils n’avaient pas besoin de ça en plus, pas un poid en plus à gérer.
Puis, l’infirmière s’en va, en colère et en claquant la porte. Quant au médecin, il s’assoit à côté de moi, et me sert un verre d’eau. Il me regarde, toujours avec ce regard qui pétille d’un truc qui vient de je ne sais d’où, et me dit ces mots :
« – Tu as raison. La mort de devrait pas exister.  
Il me regarde silencieusement, et poursuit :
-La mort est le plus grand scandale que nous ayons à vivre, Encore plus celle d’une jeune adolescente.
Après ce deuxième silence, Raph et Jim viennent s’asseoir près du médecin, qui enchaîne :
– C’est vrai que notre médecine,  n’empêche pas de mourir. Là aussi tu as raison. On fait tout pour retarder la mort. mais elle gagne toujours. J’étais un peu comme toi quand j’étais ado…
C’est pour ça que j’ai fait médecine. Pour la repousser: Même pour la faire disparaitre… Je crois bien que c’est pour cela qu’on fait tous ce foutu métier. Vaincre la mort…

Il a les yeux qui brillent en regardant Flo.
-Tu vois, il ne faut pas croire que c’est facile pour nous de voir mourir nos patients; Surtout des jeunes. Il m’arrive d’en avoir les larmes au yeux, parfois même j’ai intérieurement la même réaction que toi !
Je regarde Flo, mais rien que sa pâleur et son absence me fend le cœur. Je ferme les yeux pour supprimer cette image de ma tête, et je me concentre de nouveau sur les mots du docteur, qui s’adresse maintenant à nous trois, et qui semble bizarrement parler aussi à Flo :
– Je vais vous dire un truc…. Si je tiens dans mon métier, c’est que j’ai autre chose qui me soutient. Qui m’aide à ne pas désespérer. Qui me fait tenir. De me dire que la mort n’a pas forcément le dernier mot. Si vous voulez, qu’on en reparle, vous me dites.

Il termine sur ces mots en posant soigneusement sa main sur la tête de Flo. Et là, il vient de nous jeter une étincelle de je ne sais quoi dans le regard de chacun, juste en nous regardant comme avec plein de malice sur son visage.

Après l’avoir écouté, une image me revient subitement à l’esprit. Pour quelle raison, je n’en sais rien… Ce tag que j’ai vu, au hangar. C’était il y a trois mois, mais ça vient de surgir à la surface de ma mémoire. Tu t’en souviens ? Ce tag était orange, je crois. Orange et noir. Il était énorme, chaque mot prenait toute sa place sur le mûr. Et si mes souvenirs sont exacts, il était écrit : « Sang donné=vie sauvée »
Le docteur s’apprête à se lever pour sortir de la chambre, mais Jim le retient inplicitement, d’une voix gênée :
– « Et… C’est quoi, cette chose qui vous dit que la mort n’a pas le dernier mot ? Elle vous soutient, mais genre… Comment ?
Le médecin s’assoit à présent sur un petit fauteuil près du lit, et lui répond en nous regardant tous les quatre. Le fait qu’il semble aussi s’adresser à Flo est assez perturbant je trouve.
-En fait, dans mes études de médecine, il y avait un jeune gars dans ma classe, qui s’appelait Lucas. Je suis devenu ami avec lui, et il m’a fait rencontré quelqu’un de Merveilleux…

Je décroche. Mon attention est soudain captivée par autre chose de l’autre côté de la vitre : Erwan et ses deux types sont dans le couloir, et me fixent. Ils ont l’air pressés, et je me rends vite compte que je devrais moi aussi, bouger mes fesses de là… Ils agitent des petits couteaux et autres engins flippants, me rappelant la menace d’Erwan… En voyant ma tête, ils rient et se moquent de moi. Pour ne pas qu’on se fasse remarquer, je décide de couper court à la discussion avec le médecin, pour partir le plus vite possible. A la longue, les hôpitaux deviennent vite démoralisants.

– » Eh bien écoutez, docteur. Super intéressant cette histoire, dites-donc ! Je suis vraiment désolé, mais j’ai failli oublier que j’ai un rendez-vous chez… Euh, chez le… Le podologue ! Voilà, le podologue. J’ai des verrues sur l’orteil, c’est l’horreur, euh… Je dois filer. Raph’, Jim, tenez moi au courant si il y a du nouveau. Ciao ! »
Ils me regardent tous, complètement ahuris, avec des yeux ronds.
Punaise… Ne jamais improviser des excuses aussi bidons… Je n’aurai pas pu trouver mieux que le podologue et les verrues sur les orteils, sérieusement?! T’sais, il y a des fois où je me dis, que si j’étais un deuxième moi, je me serai donné des baffes depuis bien longtemps…

Après avoir rejoint Erwan sur le parking de l’hosto, il me présente ses deux fameux potes. L’un s’appelle Thomas, et l’autre Benjamin. Bien-sûr, pour aller plus vite je les appelleraient Tom et Ben, sinon c’est relou.
Tom a une cicatrice sur la joue, et il porte une veste en cuir à moitié déchirée. Ben est assez petit, mais plutôt musclé. Quant à lui, il n’a pas de veste déchirée, mais un jean aussi déchiré que moi, après un lendemain de soirée. Erwan nous a passé deux flingues, et un sac pour fourrer les billets à l’intérieur. Suite ça, il s’est barré en moto jusqu’au hangar, là où nous devons le rejoindre dans moins d’une heure.
Contrairement à tout à l’heure, je suis beaucoup plus motivé pour ce qu’on s’apprête à faire. La rage m’a donnée envie de tout défoncer, et s’introduire dans une banque pour choper 400 Euros serait un bon moyen de défouler ce qui a besoin d’être défoulé, puis épargner Flo de trois types timbrés qui veulent sa peau est plutôt badasse, je trouve. En plus, si cela me donne en échange le droit à quelques stocks de shit gratuits… Je ne dis pas non !
N’empêche, je t’avoue que je ne suis pas très serein. Mais putain, j’ai un flingue entre les mains et en plus la vie de Flo…

Je tente de prendre sur moi, prends une grande inspiration en planquant le flingue dans ma poche arrière. Tom passe un dernier coup de téléphone à Erwan.
Dans la voiture, c’est silencieux et glauque… Peut-être parce qu’on part armés, en direction d’une foutue banque. Je suis assis côté passager, et c’est Ben qui conduit. Je me tourne vers lui, et brise le silence :

« Bon sinon, tu as un plan ? »

Chapitre suivant : « Au nom de la Loi » / Chapitre précédent : « Dalila

Résumé
En savoir + sur Ear of Corn








Un commentaire sur “S.1, Chapitre 5

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site vous est proposé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

Créer un nouveau site sur WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :