S.1, Chapitre 9

« Au fond »

Je déambule. Ma respiration s’accélère. Dehors, le vent se lève, les nuages s’assombrissent. Je suis en tee-shirt, j’ai froid.
Je suis en train de courir comme je n’ai jamais couru de ma vie. Mes jambes sont engourdies de peur.

J’entends ma mère crier mon nom, elle n’est pas loin derrière moi, je le sait. Je la sent comme un boulet, j’ai du mal à courir.
J’entends l’orage gronder d’une voix grave, et je cherche de tous les côtés la voiture de Raph.
Vite, putain, vite.

Je bouscule un type sur le trottoir, et continue tant bien que mal à courir. J’essaye pour la énième fois de contacter Jim.
Répondeur, encore et encore le putain de répondeur de merde.
Soudain, j’entends klaxonner. C’est Raph’, qui s’est garé au bout du trottoir. Je tente de courir encore plus vite, me jette sur la banquette arrière, et m’incruste finalement, sans savoir pourquoi, sur la place passager. Il démarre à toute vitesse. Essoufflé, je lui demande :

– » Tu sais comment y aller, à l’hosto?
– Ouais. T’inquiète pas.
-Est ce que tu crois que elle..
-Je ne sais pas on verra. Active les essuie-glace s’il te plaît, je ne vois rien. »

Je m’exécute silencieusement, et tente de contacter Jim tout au long du trajet.
En vain.
Raphaël me regarde en soupirant, en hochant la tête de gauche à droite.

-Laisse tomber… Me dit-il. Laisse le, il doit être dans le même état que toi et moi. Nous sommes bientôt arrivés.

Arrivés devant l’hôpital, Raph et moi s’élançons dans les couloirs, à la recherche de la chambre 406. Quand, il me stoppe net. Il me dit que c’est plus correct d’attendre les parents de Flo, avant de se jeter dans sa chambre, et qu’il faudrait qu’on y aille avec Jim, bla bla bla.

-Raph’, arrête ton cinéma c’est bon. Qu’est ce qu’on s’en fou.
-Bon, écoute, je vais chercher Jim. Attends moi là, je pense savoir ou il est. Je fais vite, d’accord ?

Une fois qu’il est parti en direction de la cafette, je fonce jusqu’à la chambre 406. Je monte les marches 2 à 2, manque de trébucher en heurtant une infirmière.

J’arrive enfin au couloir des chambres 400. Je ralentis un peu ma course, cherchant de droite à gauche. 402, 404, 403….404, non, 405…
J’accélère le pas. J’ai du mal.
406.
Je m’apprête à toucher la poignée de la porte, mais j’hésite. Je ferme les yeux, et m’imagine une dernière fois Flo sauter en parachute. Je l’imagine une dernière fois prendre le micro sur scène. Je l’imagine une dernière fois faire du vélo sans les mains sur son guidon. Je l’imagine une dernière fois sauter sur mon dos, en chantant du Bob Marley à tue-tête, étouffée par ses propres fous rires.
Je reprends mon souffle, et ouvre la porte à moitié.

Je n’entends rien. Il n’y a aucune machine qui fait du bruit. Aucun bip. Comme si… Il n’y avait personne.

J’ouvre la porte plus grand, et je ne vois pas les mains de Flo posées sur les draps.

Je rentre timidement.

Un drap blanc est posé sur le long de son corps.
Elle est recouverte d’un drap blanc. Tout blanc.

Un médecin rentre. Il était apparemment dans une salle juste à côté.
Il ne me regarde pas, et range un électrocardiogramme qui était disposé à la gauche du lit.
Il range tout.

Je n’arrive pas à poser de mots sur ce qui est en train de se passer.
Je m’approche du lit, pas à pas, et soulève légèrement le drap qui couvre le visage de Flo.
Plus rien n’est branché dans ses narines, et elle est encore plus pâle.

Brisement.

– » Hey, Flo.. Ça va ? C’est moi, Timothée.
Silence.
-Allez, sois pas conne. Réveille toi, OK?
Rien ne semble vivant en elle. Elle ne bouge même pas pour respirer.

Le médecin s’approche du lit, et re-couvre Flo du drap blanc. Il me regarde dans les yeux :

-Je suis profondément désolé. Il n’y avait plus rien à faire, elle respirait uniquement grâce à une machine… Elle n’avait aucune chance de… Bon, écoutez. Je suis désolé… Mais vous ne devez pas être ici, la famille va bientôt arriver. Je dois vous demander de sortir.
-Non… Non… Dis-je, en chuchotant et en marchant à reculons.


Je sors de la chambre, en regardant le vide.

J’aperçois Raph et Jim au bout du couloir. Jim a un visage attaqué par les larmes. Il a les yeux creusés. Je m’avance doucement vers eux, ne sachant pas trop comment je dois me comporter. Quant à Raph’, il a un visage fermé. Il s’adresse à moi, d’une voix rauque :

-« Je t’avais dis de nous attendre dans le hall.
-Flo est
-Je sais.
-Elle est… Je l’ai vue, elle est…
-Je sais.
Il ne me regarde même pas. Il évite mon regard, en concentrant le sien de droite à gauche, comme pour ravaler ce qui pourrait surgir de ses yeux. Il a la mâchoire creusée, comme lorsque mon frère est parti. Son visage se crispe tout comme sa voix se fend. Il place sa main droite sur sa bouche, et ferme les yeux deux secondes.
Je regarde le sol. Et c’est dans une minute de néant sonore, que j’entends la voix de Jim pousser un cri. Un cri qui fend le cœur et le silence. Il s’assoit au fond du couloir, contre le mur. Il ne pleure pas, ce sont ses larmes qui hurlent. C’est le bruit de notre meilleure amie qui se brise. Et c’est le bruit d’une amitié qui se casse au sol.


Soudain, Raph’ me prend violemment dans ses bras, et me sert contre lui si fort que j’arrive à peine à respirer. Disons que c’est sa manière à lui de faire un câlin… Il se baisse à la taille de Jim, en l’entraîne avec nous. Nous sommes assis tous les trois, près de la chambre 407, la dernière du couloir. On est dans nos bras. On a nos têtes les unes contre les autres, et un cri de détresse étouffé s’entend à peine.
C’est comme si on s’agrippait les uns les autres, pour ne pas tomber au fond du trou. Je sens Jim se tenir à mon tee-shirt, le serrer dans sa main. Je sens sa douleur de là.

Nous sommes impuissants face à ce truc flippant, après lequel personne ne sait ce qu’il s’y planque.
Depuis 3 ans, c’est la première fois qu’un truc comme ça se passe entre nous…

Sans que Flo soit là.

Notre amie

Est partie.

Nous sommes restés tous les trois par terre. Nous sommes restés là longtemps. Longtemps. Je crois…
Je ne me rappelle plus trop…

-Tim ?
-Quoi…
-Eh, Tim
– C’est moi, c’est papa.
-Qu’est ce que…

Je me lève brusquement.

Qu’est ce que je fous dans mon lit ?

Mon père est devant moi, et pose une assiette de deux sandwichs sur ma table de nuit. Il a un regard chelou.

– » Tu t’es endormis assis contre ton bureau, alors je t’ai mis dans ton lit. Quand je suis venu t’appeler pour le dîner, tu dormais encore ! Tu avais l’air d’avoir un sommeil profond..
-Euh…
-Tu avais l’air d’avoir un sommeil agité, ça va ?
-Il est quelle heure ?
-20h00… Bon, je te laisse émerger. Je souhaiterais avoir une discussion avec toi après.
Je me frotte les yeux, en essayant de remettre mes idées en place.

Flo.

-Papa comment va Flo?!
Il reste silencieux, avant de se lever pour fermer mes volets. Il dit, sur un ton désintéressé :
– Je ne sais pas.
-Elle est morte ?
Sans même attendre sa réponse, je déverrouille mon téléphone pour consulter mes notifications.

A part des notifications Twitter et Instagram, je n’ai aucun message de Jimmy, ni de Raphaël. Aucun appel manqué. Rien. Alors je relance mon père, en lui posant une deuxième question.

-Est ce que sa mère va la débrancher ?
-Mais qu’est ce que tu racontes ? Me dit-il, froidement, en rangeant d’un coup de pied la coupe en or de mon frère.Quelques morceaux se heurtent contre le mur.
-C’est maman qui a balancé ça, ma foi.
-Pendant votre dispute ?
-Ouais.
-Elle abuse… Soupire-il, en fermant mes rideaux. Réfléchis. Tu penses vraiment que la mère de Flora autoriserait aux médecins de la débrancher, comme ça ? Ce n’est pas possible. Ça va faire un peu plus d’une semaine qu’elle est dans le coma, hein. Pas 3 mois. N’écoute pas ta mère, tu sais à quel point elle peut aller loin quand elle psychote.

Putain….

-Eh, gamin, ça va ?
-Ouais… C’est juste que j’ai rêvé.. J’ai rêvé que Flo était morte… C’était super réaliste j’te jure.

Mon père me tapote l’épaule, gêné. Puis il sort de la chambre, en embarquant les affaires d’Adrien qui étaient restées étalées au sol. Dont son sweat… J’entends la porte du garage grincer.
Pff, il me désespère.

Je me sens un peu paumé, alors je prends le sandwich pour prendre deux ou trois forces. Je déverrouille une nouvelle fois mon téléphone pour demander des nouvelles à Jim et Raphaël, puis je fais défiler mon fil d’actualité.
Dalila a publié une photo.

Elle et Andrew, joues contre joues, sourires à pleine dents. Une phrase est inscrite juste au dessus de la photo :
« Super soirée ❤ « 
Puis t’as moi, qui suis dans mon lit, avec un sandwich préparé à l’arrache, même pas avec de la mayonnaise. Je glande depuis deux heures, pendant que celle que j’aime est avec un type au cinéma. Un type grand, musclé, yeux bleus, sourire de prince charmant. Bref, tout ce qui fait apparemment tomber les filles, dans les films Hollywood. Sauf que là c’est pire, car ce n’est pas un film. C’est la putain de réalité.

Je me demande si elle se souvient au moins de cette soirée avec moi, si elle a oublié ou pas. Ou si elle fait semblant d’oublier. Est ce que elle aime les lèvres d’Andrew autant que les miennes ? Est ce que elle lui a roulé une pelle dès les premières minutes, comme avec moi ?
Tim, vous étiez bourrés… C’est différent.
OK, c’est chelou ces questions. J’ai l’air d’un vrai psychopathe.
Tu sais quoi, elle fait ce qu’elle veut.
Mais totalement ! Moi aussi, j’peux me taper d’autres filles. Si j’ai 4 ex derrière moi, ça signifie que j’ai assez d’expérience pour pécho. Même si cette pouffiasse va avec l’autre mal accouché, ce n’est pas ce qui va m’empêcher d’avancer, non plus. (dédicace à ma chère et vieille Olga).
Puis d’abord, je suis certain que cet Androuuuuww (c’est comme ça que les filles de mon lycée prononcent son nom) n’a rien dans la tête. Puis, c’est bien beau d’emmener une fille au ciné. C’est bien beau, de la faire tomber amoureuse. Encore faut-il assumer par la suite. Ne pas la faire espérer pour rien.
Ne pas faire ce que Dalila a fait avec moi, quoi.
Dédicace à toi connasse.

Je l’aime…
Moi non plus.
Mais quel amour tordu.

Oh con, j’ai envie de fumer.
Je sens ma peau trempée de transpiration. Je me sens de plus en plus nerveux…
Je crois avoir laissé ma petite réserve dans un coin du garage.

Alors que je m’apprête à descendre vite des escaliers, j’entends mes parents discuter dans le salon. Je m’arrête net.
C’est chelou, parce que ils sont assis à côté sur le canapé. Ils parlent doucement, et mon attention est maintenant interpellée par la voix de ma mère qui prononce mon prénom :

– » Tu crois vraiment que c’est l’occasion de lui en parler, sérieusement ? Timothée vit une période difficile, en ce moment. Je pense qu’on doit attendre encore un peu.
-Et tu crois vraiment que attendre va arranger les choses ? Dit mon père, d’un ton précipité.
-David, tu me fatigues.
Mon père tape l’accoudoir, agacé :
-Tu vois, tu fuis encore une fois la réalité. Qu’on lui en parle maintenant ou pas, les faits sont là. Lui cacher ça ne fera qu’aggraver les choses, tu connais ton fils.
-Mais pourquoi tu veux TOUJOURS vouloir empirer les choses ? Ce n’est pas la priorité. Tu ne te rends pas compte, de toute les dettes que nous avons sur le dos, maintenant ?
-Mais j’hallucine.Tu préfères te préoccuper de l’argent plutôt que d’annoncer le plus important à ton propre gosse ? Tu fuis constamment ce qui doit être abordé. Ton manque de loyauté m’exaspère, honnêtement. Tu me gaves.
Ma mère hausse le ton :
-Déjà, ce n’est pas MON PROPRE GOSSE, je te rappelle que c’est toi qui a ABSOLUMENT voulu le garder. On en avait déjà assez entre Adrien et tes petits boulots à la con !
-Non mais tu t’entends ?! Tu dérives complètement sur un autre sujet, là !

Ça recommence… Il ne manquerait plus que Adrien à mes côtés (si seulement..) , et on basculerait 3 ou 4 ans en arrière.

Leurs cachotteries m’agacent de plus en plus, et je ne supporte plus leur manière de dire des choses pareilles dans mon dos. Je descends des escaliers, et décide de couper court à leur conversation :

– » Bon, qu’est ce que je dois savoir ?
Mon père se lève:
-On était censé en parler tout à l’heure.
J’attends qu’il enchaîne. Après un court silence, c’est avec avec un grand geste de ses bras, et de la manière la plus naturelle, qu’il me dit :

-Ton grand père est mort.
Putain, dis moi que c’est une plaisanterie..
-C’est une blague ?
Il reste silencieux, et range des affaires dans la cuisine. Ma mère a la main sur le front, et je l’entend chuchoter des injures sur un ton exaspéré.
J’essaye de trouver désespéramment une solution là où il n’y en a malheureusement pas :
-C’est impossible, je devais partir en Espagne avec lui… C’est… Non, attends, il doit y avoir une erreur. Contacte le sur son téléphone.
Je sors le téléphone de ma poche, et appelle mon grand père. Je tombe sur son répondeur, et c’est sa voix mielleuse qui vient caresser mes oreilles. Quand j’entends sa voix, je ne peux pas croire une seule seconde qu’il est… Qu’il est ce que mon père vient de dire. Je laisse un message vocal sur sa messagerie :
-« Coucou Papi, c’est Tim… Euh… Écoute, rappelle moi, d’accord ? Bisous. »
Alors que je regarde mon père avec un sourire forcé sur mes lèvres, comme pour attendre qu’il dise : « C’était une blague ! Allez, va faire tes valises, tu pars avec lui à Madrid la semaine prochaine, comme prévu ! », il me dit, d’une voix toujours aussi terne et sèche :
-Réserve ton samedi. On part débarrasser sa maison.
Mon père me tourne le dos, et il maintient une distance entre lui et moi. Il donne à manger à Circus. Normal. J’essaye d’attirer une nouvelle fois son attention :
-Papa !! Sérieux, quoi. Il lui est arrivé quoi ? Pourquoi il est… Pourquoi il est mort ?
Ma voix chancelle, et celle de mon père est ferme :
-L’enterrement est lundi matin.
Ma mère me dit des trucs en s’approchant de moi, mais je n’y prête pas attention. Je fixe des yeux mon père en le suivant dans la maison, car je sais qu’il y a plus de chance que ce soit lui qui réponde à ma question, plutôt que ma mère. Mais mauvaise surprise : Il ne me répond pas, et n’est même pas foutu de me regarder ne serait-ce qu’une seconde.
Je sens quelque chose déborder de moi-même. Je m’empare du vase posé sur la table, et le jette violemment au sol.
Ce qui est brisé au sol n’est plus le vase. Il s’agit maintenant de ma famille. Des morceaux s’éparpillent partout, dans un bruit assourdissant.
-ARRÊTEZ DE M’IGNORER A CHAQUE FOIS QUE JE VOUS PARLE DE LA FAMILLE, J’EN AIS RAS LES COUILLES !!!!
Ma mère se précipite vers moi et me gifle. Une baffe magistrale.
Je la prend par les épaules, et la secoue, avec des larmes qui se déversent sur mes joues irritées de colère :
-DIS MOI CE QU’IL S’EST PASSE NOM DE DIEU !!! PARLE, PUTAIN, PARLE !!!
Ma mère me regarde silencieusement. Son menton tremble. Des creux se forment autour de ses yeux fatigués, et des larmes en débordent.
Alors dans un simple regard, comme si il n’était plus que mon unique et dernier espoir pour arranger juste un truc, je tâche de lui faire comprendre à quel point mon grand père est absolument tout. Que c’est le seul que j’aime encore dans cette famille à la con. Qu’il est comme mon second frère. Qu’il ressemble énormément à Adrien, d’ailleurs. Peut-être que elle ne l’aime pas pour des raisons compliquées, pour lesquelles les adultes se cassent trop la tête. Mais pour moi, il était une des seules personnes à qui je pouvais me raccrocher après le départ d’Adrien.

Et ça, je pense que ma mère le sait déjà. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle n’ose pas me répondre. Alors, elle se tourne vers mon père:
-Bah vas-y, dis lui ! Toi qui prétendais tant vouloir balancer ça dans la figure de ton fils ! Toi, qui prétends être un père merveilleux, ouvre la, ta grande gueule ! Tu attends quoi ?
Mon père sort de la cuisine en claquant la porte, et me regarde droit dans les pupilles. Je plisse des yeux, car l’eau me fait voir trouble.

« -Les voisins l’ont retrouvé pendu dans sa chambre. « 

J’entends un truc s’effondrer. Se déchirer. Tomber de haut. Ça fou le vertige.

Ce truc, je crois que c’est moi qui vole en éclat.


Puis, il s’adresse à ma mère, d’une voix tremblante de larmes :
-Ça y est, tu es contente ? Super ?

Et les cris recommencent. Je t’épargne les détails de la conversation. Je les regardes, se disputer comme des gamins mal élevés. Cette fois-ci, la seule différence est qu’Adrien en me fait pas monter dans la chambre. Il ne me fait pas jouer aux playmobiles, avec du rock à fond. Non. Cette fois-ci, je suis seul face à eux, les regardant se crier dessus.

Finalement, je décide de faire comme lui aurait fait : Prendre les choses en main.
Alors je me place au milieu d’eux : Une forme de haine nous griffe les joues. Je passe sèchement ma main sur mon visage pour essuyer les larmes, en les fusillant du regard. Je regarde mon père. Puis ma mère.
Et, c’est poussé par des tas de sentiments en vrac que je prends la parole :

-Vous savez quoi ? Je ne comprends toujours pas pourquoi vous avez baisé pour me faire naître dans votre famille. Vous êtes incapables d’être des parents normaux.
Sur ces mots, je prends ma veste, et je sors de la maison, en leur donnant une dernière recommandation :
-Maintenant foutez moi la paix.

Déjà dehors, mes mains tremblent, et une anxiété très désagréable s’empare de moi. J’ai super mal à la tête. Je file dans le garage, va fouiller dans toutes les cachettes potentielles, et trouve enfin ma dernière dose de cannabis. Je dois te l’avouer, je craque. Ça reste entre nous, s’il te plaît. Depuis que je me suis fais choper par les flics et que je bosse aux intérêts généraux dès demain, j’ai décidé d’arrêter d’en prendre pendant quelques temps. Question de protection, tu vois.
Mais là, je n’en peux plus je te jure. Ça fait deux jours que j’ai envie de cogner tout ce qui bouge.
Précipitamment, je les enfouis dans ma poche avec des feuilles et le briquet d’Adrien. J’ouvre une armoire où mes parents rangent les bouteilles d’alcool, et prends une bouteille de vodka à moitié pleine. Enfin, je sors d’ici. Je cours jusqu’au bord du lac, l’endroit le plus loin possible de ma maison.

Je m’assois enfin. Joint entre les lèvres, je me sens déjà plus détendu. Je vapote de plus en plus vite, pour oublier le plus vite possible.

15 minutes plus tard, je me sens vraiment bizarre. Je laisse mon corps s’allonger. Soudain, tout tourne autour de moi. Le ciel fait des formes de vague, les étoiles semblent s’agrandir de plus en plus, c’est dingue. L’herbe semble devenir de plus en plus dure, et mon dos de plus en plus mou. Je me laisse emporter par la fumée, et tente de m’enfoncer davantage dans un tout autre monde. Puis, j’enchaîne sur le deuxième joint. Je plane. Je n’arrive même pas à penser à un truc.
Chaque petit bruit devient amplifié.
J’ouvre la bouteille, et bois plusieurs gorgées cul-sec. Ça me brûle la gorge. Je tente de respirer doucement, pour ne pas entendre le bruit insupportable de l’air qui passe dans mes poumons. Des acouphènes harcèlent mes oreilles, alors je tente de crier pour les couvrir.
Je suis de moins en moins conscient, tout semble… Irréel. C’est comme dans un rêve.

Trou noir. Je ne sais absolument pas ou je suis, ni ce qui est en train de se passer. Tout est vide. Tout est calme, tout est… Tout est rien. Et ça fait du bien, d’être dans du rien. Je me mets à parler seul, à débiter je ne sais quoi. Des phrases décousues de sens. Mais j’aime parler à moi même, je me sens… Je ne me sens plus. Et ça fait du bien, ne ne pas se sentir, parfois.

3:04
Je me réveille sans savoir depuis quand je suis réveillé. Ouais, elle est bizarre cette phrase.
Je tente de me rassoir, mais j’ai mal de partout. Chaque mouvement me fait un mal de chien, et je suis violemment pris d’une nausée.

Pour faire passer cette envie de vomir, je finis le fond de la bouteille. Rien n’y fait. Des pensées affreuses traversent mon esprit. Tout me revient en mémoire… La mort de Flo, le suicide de mon Papi… J’ai les images en tête, dans tous les moindres détails.
J’ai la sensation amère de me noyer dans un truc, et j’ai du mal à respirer. J’ai la boule au ventre.

Je sens un gouffre en moi, ou je me sens moi-même dans un gouffre, je ne sais pas vraiment.
Comme si j’étais en chute libre depuis des heures.

J’ai chaud. J’ai froid. J’ai chaud.


C’est de pire en pire. J’ai de plus en plus de pensées qui me hantent. J’entends des voix m’insulter. Ça fait des mois que mes parents ne prennent plus de nouvelles de lui. Et moi aussi je ne vais plus trop le voir. J’aurai dû être plus présent.
J’aurai dû être plus présent pour Flo, aussi. Jim est seul. Je l’abandonne.
Et si j’avais pris mon courage à deux mains pour tenter un truc avec Dalila, elle ne serait pas avec l’autre.

Je me hais je me hante je me hais.

Je vomis dans un buisson. Mon ventre convulse, et j’ai des picotements de chaleur au crâne.
Je sens une sueur froide me glacer le dos, et mon crâne est tordu par une migraine.
Ça tourne.

Je suis ou ?

Je veux fumer

Non.

Je ne sais pas.
Je n’en ais plus.

Aide moi, je t’en supplie. Fais quelque chose. Je suis seul. Ou est ma maison ?


De nouveau face à la réalité.
J’ai super mal putain.
Je crois que ça fait plus de 3 ans que je n’ai plus pleuré de cette manière.

5:20
La fraîcheur matinale se fait ressentir sur mon visage. Je me sens engourdi, pâteux, nauséabonde, déteint, lourd, lassé.
Je suis en noir et blanc dans un paysage coloré.
Je m’assois dans l’herbe maquillée par la rosée.
J’ai froid.
La brume est posée sur le lac, comme une couette épaisse sur un lit. Un lit bien douillet, duquel on ne veut pas sortir.
Je suis dé ph asé.

Je me lève. Je trempe mes pieds sur le bord du lac. Je me rince le visage d’eau fraîche, et y aperçois mon reflet. Mon visage est laid.
Je passe de l’eau dans mes cheveux, histoire de les discipliner un peu. En vain.

Comme si les premiers rayons de soleil éclairaient non pas le lac, mais mes premières pensées.
Je fais le bilan. Je me souviens. Je me place face à moi-même.
Je récapitule.

  • Flo est dans le coma
  • Je peux rayer mon espoir dans ma relation avec Dalila.
  • J’ai été complice dans un braquage, et je suis maintenant surveillé par la police.
  • Je me drogue.
  • Mon seul grand-père est mort. On devait partir en Espagne ensemble. (Je ne comprends pas pourquoi il a voulu partir, lui aussi…)
  • Mes parents recommencent à se disputer.
  • Mon frère n’est toujours pas revenu.

    On se croirait dans Hunger Games, tu sais ? Tout le monde crève et s’en va, un à un.
    A la fin, il ne reste plus qu’une personne.


    Je réfléchis. Qui reste-il ?
    Jim !
    Non. Il ne veut plus de moi.
    Raph !
    Non. Il a déjà assez de problèmes comme ça. Puis il est mon meilleur ami, pas mon psy. Et même si je lui en parle, qu’est ce qu’il pourrait faire, après tout ?

Je ne vois qu’une seule issue :

…Mais encore faut-il la trouver. Encore faut-il que cette porte de secours ait Facebook ou Instagram, un numéro de téléphone, je ne sais pas. Encore faut-il que je sois sûr qu’elle existe encore. Ça risque d’être compliqué et chiant…
Mais à part lui, je ne vois personne d’autre, au fond du trou dans lequel je me trouve.
Il faut que je le voit, que je lui parle. Il faut que… Il faut qu’on se retrouve. Il faut qu’on refasse du sport ensemble, qu’on aille à la plage ensemble. Il faut que je vois si je l’ai dépassé, ou si je fais seulement sa taille. Il faut aussi qu’il retrouve Circus, voir comme il a grandit. Puis, je suis certain que si il revient, ça pourrait rendre mes parents plus heureux, ça pourrait calmer ces tensions qui sont entre eux. Car je suis certain aussi, que ce conflit est causé en partie par sa brutale absence. Alors voici mon ultime recours :
Retrouver Adrien, et réussir à le convaincre de rentrer à la maison.

Chapitre suivant : « Et ainsi va la vie » / Chapitre précédent : « Mon frère »

Résumé
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