S.1, Chapitre 12

« Retour à la case départ »

« -L’amour est certainement une question à laquelle nous n’aurons jamais de réponse.
-L’amour est une question ?
-L’amour est une éternelle question.
-Alors je crois te dire je t’aime depuis le début. »



Jeudi 19 Octobre 2018
17:00

-« Je t’ai dis qu’il n’y a rien eu, laisse moi tranquille avec ça !
-Elle t’as invité chez toi toute une après-midi et tu me dis qu’il n’y a rien eu ?! Mec, fais pas genre !
-Jim ! Parle moins fort, on est dans une salle d’attente, là ! Matte comme elle te regarde, la dame à côté. On dirait qu’elle va te cracher du feu si tu continues de brayer.
Dis-je, discrètement.
Bien que j’apprécie plutôt bien Jimmy, il faut dire que je le trouve parfois lourd. Quand je prononce le nom d’une fille dans une de mes phrases, il ne peut pas s’empêcher de penser au sexe, et il redescend à l’âge d’un adolescent prépubère plein d’hormones dans le slip.
Alors quand il a apprit que je suis allé chez Dalila un mercredi après midi… Je pense que tu n’as pas besoin d’un dessin pour te décrire sa sur-excitation.
-Bon, ça va, ça va.  » Dit-il, déçu de ne pas en savoir davantage.

Raphaël nous rejoint quelques minutes plus tard. Il nous salue en tapant deux fois dans nos mains gauches, et me demande depuis combien de temps je suis revenu d’entre les morts.

-Ah ouais, désolé, j’ai oublié de te dire. J’ai pété mon téléphone.
-Ah, mince ! Quand ça ?
-Mercredi dernier, figure toi. J’te dis pas la galère !
Jim me coupe la parole, moqueur :
-Ouais, askip il était dans une église en train de se confasser !
Je soupire, entre un rire gêné et un rire désespéré :
« Con-fe-sser », Jim. Pas confasser… Et tu crois que j’ai une gueule à faire ce genre de conneries, en plus ?
Je m’adresse à Raphaël, qui me regarde avec des yeux ronds, sourcils levés vers le haut. Je lui raconte mes péripéties dans une ville paumée, avec une sorte de pasteur qui a failli m’emmener dans sa secte.
-Chaud… Me répond Raph’.
-Attends, tu ne connais pas la suite. Il était aussi le flic qui m’a arrêté l’autre fois ! Et j’avais du cannabis dans les poches.
-Mais non ?! Il ne t’as pas cramé ?
-Je suis sûr que si. Il a fixé mes poches un moment, et j’peux te dire que avec l’humidité, ça sentait fort. Mais c’est chelou, parce que… Il m’a demandé si j’avais besoin d’aide, que j’étais le bienvenu…
-Tu as bien fait de te méfier. On ne sait pas de quoi ce genre de personne est capable… Me dit Raphaël, en secouant de la tête.

Je me tourne vers Jim, qui m’écoutait avec la bouche ouverte. Face à son expression faciale plutôt étrange, je lui demande :
-Ça va, mec ?
Il me répond, comme s’il venait d’avoir la révélation du siècle :
-Attends, j’ai rien pigé… C’était un témoin de Jova ou un keuf…?!
Je regarde Raphaël, puis un regard suffit : On se tord de rire.

Mais on se calme rapidement, quand le médecin arrive et nous appelle par nos prénoms.
On se lève immédiatement, et nous le rejoignons.
Puis, Jimmy me regarde avec des tonnerres dans les yeux, comme pour me mettre en garde : Cette fois-ci, tu ne dérailles pas. En effet. Le médecin se trouvant devant nous est celui contre qui j’ai déferlé toute ma haine, le mois dernier.
Gêné, j’évite de le regarder dans les yeux. Ce dernier nous regarde tous les trois, range un stylo dans sa blouse blanche qu’il arrange un peu, puis ajoute enfin :

– » Bon. Sachez que je m’occupe de Flora depuis qu’elle a passée les portes de cet hôpital, et je n’avais aucun espoir pour elle. Mais la semaine dernière, votre amie a passé deux nuits où elle avait de l’activité cérébrale. Ce n’était pas très long, mais c’était les deux seules nuits où son cerveau donnait des signes de vie depuis un mois. Alors, l’équipe des chirurgiens et moi-même avons décidé d’entamer l’opération décisive sur son cerveau, pour tenter de réparer les lésions qui pouvaient être « sauvées ».

Jimmy s’impatiente :
-Alors ?
-L’opération vient de se terminer il y a 1heure. Nous avons constaté beaucoup de dommages sur le cerveau de Flora, mais nous sommes tout de même parvenus à stabiliser son état. Nous n’avons pas osé aller plus loin pendant cette opération, des parties sont encore très fragile, le choc n’a pas été sans conséquences…

Comme si on pouvait trouver une solution dans nos yeux, on se regarde, tous les trois. Finalement, Raph’ prend la parole sur une voix posée :
-Et… Ensuite ? Qu’est ce que vous comptez faire ?
-Pour tout vous dire: Pour le moment, cette opération ne la réveillera pas, mais elle ne la tuera pas non plus.
-Pensez-vous qu’elle peut se réveiller ?
Le médecin hoche la tête :
-Je préfère ne rien vous dire pour le moment. Mais je vous tiendrez au courant, d’accord ? En tout cas, soyez-en sûrs : Votre amie est une battante.

Il nous regarde, et s’adresse à moi pour me faire un clin d’œil.
Je m’arrête net sur son visage. Je scrute ses yeux, et une lumière qui m’est familière brille dans ses pupilles.
Puis, après nous avoir poliment salués, conseillé de rentrer chez nous pour nous reposer, il tourne les talons et repart en direction d’un bloc opératoire.

Je sens la main de Raphaël se poser sur mon épaule :

-Eh, mec, ça va ?
J’enlève sa main, et me tourne vers lui pour lui parler à voix basse :
-Venez, on sort d’ici.
Ils me suivent tous les deux, et je m’assois sur un muret se trouvant à droite de l’entrée.

J’ai le regard perdu dans mes pensées… Jusqu’à ce que je remarque Jim qui me regarde, comme si il attendait qu’un truc sorte de ma bouche.

Je prends une grande inspiration:

-Vous vous souvenez du nom de ce médecin ?
-Alors là, aucune idée. Répond Raph’.
-J’crois que ça commence par un R… Mais je ne suis pas sûr. Pourquoi tu poses cette question cheloue ? Rétorque Jim
Regardant au loin, je laisse mes mots couler :
-J’ai contacté mon frère cette semaine.
Raphaël se lève, et met ses mains dans les poches:
-Non ?
-Je te jure, que je l’ai fait bordel.
Jimmy s’avance plus près de moi. Lui aussi veut savoir :
-Qu’est ce que tu lui a dit ?
Raph enchaîne :
-Il t’as répondu ?

Je place mes mains devant moi en guise de bouclier :
-Oh, oh. Calmez-vous !
Après un petit silence, ils viennent s’asseoir près de moi. Alors je poursuis :
-Je lui ai envoyé un message sur Facebook. En gros, je lui ai demandé de ses nouvelles, et quand est-ce qu’il reviendrait. Je pensais m’être trompé de personne, mais il m’a finalement dit de le rejoindre, et que nous verrons plus tard.
Raph’ et Jimmy se regardent, puis leurs yeux se recentrent sur moi:
-OK, et ensuite…? S’exclament-ils
-Mais putain, vous ne comprenez pas ? Le médecin, tout à l’heure. Il m’a fait un clin d’œil, uniquement à moi. Et quand il me parlait, c’était… Familier.
Raphaël secoue la tête de gauche à droite:
-Mon pauvre Timo, l’hôpital t’as monté à la tête.
-Mais je te dis qu’il y a un truc que je reconnais, en lui ! Maintenant que j’y pense… Vous vous souvenez, l’autre fois où j’ai pété un plomb contre lui ?
Jim rétorque :
-T’inquiète pas que je m’en souviens.
Après ces mots, je tente de regarder ailleurs avant d’ajouter :
-Il était positif, posé, il me parlait calmement… Comme si… Comme si il avait déjà anticipé ma réaction. Adrien agissait exactement de la même manière. Et là, deux jours plus tard après l’avoir contacté, il me fait un clin…
Raphaël ne me laisse pas terminer :
– Rien de tout cela n’a un sens.
-Mais tu ne comprends pas ! Je…
-Ai un peu de logique ! Le médecin de Flora a l’air d’avoir la quarantaine, et il habite à 15 minutes de chez toi. Adrien a une vingtaine d’années, et il est parti dans le Nord de la France car il ne pouvait plus vous supporter. Tu la voit, la différence ?
Une boule se serre dans mon ventre.
-Je t’interdis de dire ça. Dis-je, en serrant les dents.
Jim tend sa main vers moi, que je repousse vivement:
-Toi ne me touches pas.
Je me retourne vers Raphaël, et j’ai de plus en plus chaud à la tête :
-Adrien ne supportait plus mes parents. Moi, il m’aimait. J’étais son frère.
-Si il t’aimait comme un frère il ne serait pas parti.

J’attrape Raphaël par le col mais Jimmy me retient de justesse. Il fusille Raphaël du regard et m’emmène loin de lui.
Mes mains tremblent.
On s’assoit au fond d’un parc tout près de l’hôpital.
Jimmy tente de me parler sur le ton le plus calme possible :

-Je suis désolé… T’sais.. Raphaël est à cran, lui aussi. Je crois qu’il s’est emporté en disant des conneries. Ne prends pas au biais de la lettre ce qu’il t’as dis !
Pied-de-la-lettre…
-Ouais, désolé.
J’ajoute:
-Je ne sais pas ce qu’il m’a prit, de prendre le médecin pour mon bro’. J’aurai juré que…
-T’es à cran aussi, puis il te manque. Normal…
-Tu penses que quelqu’un qui nous abandonne, mérite qu’on ressente du manque pour lui ?
-Je sais pas, je n’ai manqué à personne moi. J’peux pas te dire. Jimmy me dit cela en regardant ses chaussures addidas usées.
Je tapote son épaule:
-T’inquiète.

Jimmy brise le silence en faisant une remarque un peu hors contexte:
-Oh, on est deux à être tombé sur des religieux n’empêche.
-Qu’est ce que tu racontes ? Je lui demande, surpris.
-Raph’ ne t’as pas dit ? Le médecin de Flo est chrétien. L’autre fois, le jour où tu es directement parti pour le braquage, on est restés dans la chambre de Flo. Et il nous a parlé de sa vie étudiante, puis comment il a cru à Dieu.
-OK, OK… Et alors ?
-Bah je ne sais pas, au début je m’en branlais un peu. Mais depuis qu’on a eu ces échanges avec lui, Flo a eu de l’activité célébrale deux fois !
Cé--bra-le... Et qu’est ce que tu veux dire ? Tu ne vas quand même pas croire à tout ce qu’il t’a dit ?
-Non, j’évoque juste les faits! Puis ouais, je n’sais pas, il a l’air d’avoir… Un truc. Il a même dit qu’il priait pour Flo, et comme par hasard elle…
-Attends, il a quoi ?
-Je t’ai dis, il est chrétien.
-Je m’en fous, il n’a pas à faire ça. Flo s’en fiche de ses prières, elle est dans un putain de coma ! Jim, il faut que tu arrêtes de te laisser influencer par tout ce que tu vois et entends. Ce qu’il s’est passé était juste une foutue coïncidence. Flo a eu de l’activité parce que elle est une battante. C’est tout.

Il reste silencieux.

Mes mains tremblent. Je fouille dans mes poches.
Et le simple fait de constater que mes poches sont vides, et que je n’ai plus rien à fumer pour aujourd’hui me donne un mal de crâne. Jusqu’à quand devrai-je attendre ? Je ne veux pas attendre.
Mes mains deviennent de plus en plus moites, et mon pied est pris de secousses. Nerveux, je me gratte les cheveux.

Je me tourne alors vers Jim, et lui demande:

-T’en as sur toi ?
-Désolé mec, je n’en ais plus.
-Cannabis ?
-Non plus.

Je frotte ma main sur le front, comme si ça pouvait apaiser ma migraine.
Mais j’aperçois Jimmy sortir un truc de son sac, après avoir regardé attentivement autour de lui.
Il baisse d’un ton:

-J’ai voulu tester autre chose…
Il sort de sa poche un sachet contenant une drogue que je découvre juste maintenant.
Je sens ma respiration se bloquer et mes yeux s’écarquiller.
-Jim… Qu’est ce que… C’est quoi, tout ça ?
-C’est du crack, mon pote !
Il rit de sa trouvaille.
-Ou est ce que t’as trouvé ce bordel ? Tu connais cette chose ? Tu sais que…?
-Ouais, j’ai trouvé un plan grave sympa ! On peut y aller demain, ils font des réduc..
J’imite un rire forcé :
-Un dealer qui fait des réductions ? Non mais avec toi j’aurai tout entendu… Tu as vu la quantité que tu as sur toi ?!
-Oh, ne recommence pas à faire ton rabat joie.
Je regarde aux alentours, et fais signe à Jimmy d’arrêter de brandir fièrement le sachet.
-Combien de fois je vais devoir te le répéter : Tu dois arrêter de te laisser influencer par des escrocs ! Comment tu vas payer tout ça, maintenant ? Hein ?
-Je te jure, il m’a fait des réductions, j’ai quasiment rien payé. C’est même moins cher que ce qu’on prenait avant.
-Mais arrête tes conneries ! Erwan me racontait les mêmes belles paroles, et au final il m’a forcé à braquer une boutique pour rendre…
-Eh, tu la ferme, un peu ? Ce n’est pas Erwan, dont je te parle. T’as confiance en moi, oui ou merde ?
Je fixe Jim, puis ce qu’il a entre les mains. Je suis bouche bée.

Il me tend la drogue, que je sens.

Jim me tend une seringue dans laquelle il a préalablement mis le produit. Et sans vraiment savoir pourquoi, je ferme les yeux, inspire un bon coup et me plante la seringue dans le bras.
Je saigne.
Mon tee-shirt est tâché.

Flo…

Il y a du sang, de partout, sur les chaussures de Raph, dans les mains de Jim, sur son tee shirt, sur le miens, il y a du sang sur le goudron, et partout dans les cheveux de Flo, sur son visage. Elle a les yeux fermés, elle est pâle et immobile. Pendant que j’appelle le SAMU, je secoue violemment Flo, persuadé qu’elle va se réveiller. Jimmy tremble, a les yeux grands ouverts, répète toujours les mêmes mots, et respire très bruyamment. On ne peut même pas rester avec Flo. Elle voulait dépasser un camion pour prouver qu’elle roule très vite à vélo. Tout cela n’aurait pas dû arriver. Mais c’est arrivé, puisque il y avait du sang, et il ne s’arrête pas de couler
Flo a fait du vélo, Flo saigne, Flo est dans le coma,Flo est mon amie, Flo saigne.


Qui est cet homme qui s’approche de Flo ? Il lui parle. Il lui fait un lavage de cerveau, c’est Jim qui me l’a dit.
Flo est en danger, le médecin va lui voler son cerveau et prier pour qu’elle ne se réveille jamais.
Je dois protéger Flo, aucun médecin ne doit lui faire un lavage de cerveau.

-Tim ? Eh, oh ! Tim ?
-Tu crois qu’il va se réveiller ?
-Oui.
-Son bras va mieux ?
-Oui, le sang a l’air de ne plus couler.
Je sens une main tapoter ma joue.
J’ai l’impression d’ouvrir les yeux pour la première fois. J’ai envie de vomir.
Je m’assois doucement, et ça y est. Mon ventre convulse, et tout sort par la bouche. J’aperçois en face de moi deux gars, et je pense les connaître.
Je m’essuie la bouche, et les fixes tous les deux un moment. Ils ont un regard effaré, de pitié.
C’est Jimmy à droite. C’est Raphaël à gauche.

Ils enlèvent la couverture, la mette en boule sur le balcon, après avoir ouvert grand la fenêtre.
Raphaël met deux coussins derrière mon dos, et Jimmy enlève mon pansement trempé de vomis. Il me sert un verre d’eau, et Raph’ me passe de l’eau sur le front.
C’est silencieux.
Un soupire, puis deux.

Quand je reviens à mes esprits, je baisse les yeux et murmure :
-« Les gars, je…
Jim me coupe :
-Tout va bien, tu es chez toi. C’est de ma faute… Je voulais te changer les idées, je n’avais que ça sur moi. Mais tu es parti en trip avec la seringue dans le bras, tu t’es cogné partout et…
-C’est bon, je ne veux pas en savoir plus.
Raph’ me regarde fixement. Il a un regard grave. Il veut ajouter quelque chose d’important. Mon regard lui dit de poursuivre, alors il s’exécute, d’une voix sombre:
-Tu as agressé le médecin de Flo en le frappant aux jambes. J’étais avec Flo quand ça s’est passé, et tu étais incontrôlable. Je n’arrivais pas à m’approcher de toi sans me prendre des coups… Puis tu pissais le sang avec ta seringue plantée dans le bras. Alors…
-Raph’… Tu n’as pas fais ça ?
-Je suis désolé.. J’ai donc appelé tes parents.
-OK, merci. Franchement. Grâce à toi ma mère m’enverra sans doute dans une pension ou dans un lycée privé coincé du cul.

Je frappe le matelas. Puis, une horrible pensée m’arrête net, quand je constate que mes deux amis reculent. Mes deux amis s’éloignent.
Mes amis ont peur de moi.
Raph’ tente de me rassurer:
-On sera avec toi. T’inquiète, ça va aller…
-Ta gueule ! Non, ça ne va pas aller. A cause de vous deux, vous deux ! A cause de vous, regardez où…
Jim tente de se défendre:
-Timo, s’il te plaît. Ne rejette pas tout sur uniquement nous deux!
-C’est bon, ça va. Ce n’est pas le moment de faire la victime.
Il ne répond pas, mais fait un aller-retour silencieux dans la chambre, mains dans les poches.

Raphaël reste assis à côté de moi, sur le lit. Il se tient à distance. Je ne le regarde pas, mais je sens que lui me regarde.
Mes yeux fixent le mur en face. Je reste figé, démuni. Je ne cligne même pas des yeux, comme si j’étais hypnotisé par la situation.
Puis c’est dans une voix engourdie d’épuisement, sur un ton dépourvu de conscience, que je dis à voix basse :

– » Je… Je n’ai plus envie.
Raph’ reste silencieux quelques secondes, avant de répondre doucement:
-Plus envie de quoi ?
Je fixe toujours ce mur peint d’un orange moche. Je compte le nombre de posters accrochés dessus. Jim met son dos contre une photo que je fixais.
Je chuchote encore plus bas:
-De vivre. »

Après ces mots, je n’ose pas regarder le visage de Raphaël. Pourtant, lui, regarde le miens:
-Tu peux encore y croire.
-Raph’, sois réaliste. A ce stade… Je ne sais même plus en quoi ni en qui croire.
Jimmy ajoute:
-… Mais tu as contacté ton frère ! Non ?
Je garde le silence et le visage glacial.
Raphaël poursuit:
-D’ailleurs, tu ne nous a toujours pas dis ce qu’il t’as répondu.
Je cite :
-« Retrouve-moi et nous verrons »
-C’est… C’est tout ? S’exclame Jim
-C’est tout.
Raphaël s’approche plus près de moi, et change mon pansement. Je le regarde faire, et il a l’air silencieusement concentré sur sa tâche.
Quand il a terminé, il me regarde:
-Alors, tu n’as qu’à aller le retrouver.
-Hein ?!
Jimmy remet son bonnet en place, et insiste sur les mots de Raph’ :
-Et tu verras bien ! Comme il te l’a si bien dit…
-Non, tu te trompes. Il l’a mal dit. Quand il a dit ça, on aurait dit qu’il était blasé de répondre. Genre, ça lui faisait ni chaud ni froid.
-Mais non. Vous êtes mes meilleurs amis du monde. (Enfin… Vous étiez, du coup..)
Je reste silencieux. Puis, j’entends un petit regret dans les mots de Raph’, qui semble s’excuser implicitement :
-Si il ne voulait pas de toi, si il ne voulait pas voir son petit frère, il ne t’aurai jamais répondu. Souviens toi de qui il était.

Je reste silencieux, et me souviens.
Je me souviens de nous deux cachés sous une cabane fabriquée avec des couvertures, sous son bureau.
Je me souviens de nos sandwichs à la mayonnaise.
Je me souviens de son sourire, de ses clins d’œils, de ses blagues et de ses câlins.
Je me souviens de son cœur qui battait contre mon oreille.
Je me souviens de nos pieds pleins de sable, lorsque on rentrait de la plage.
Et je me souviens de la manière dont on courait vite vite et vite dans les escaliers, pour ne pas que notre mère nous attrape et nous nettoie les pieds,
Pour finalement les chatouiller.
Je me souviens de nos combats de boxe au bord du lac.
Je me souviens de nos caches-caches dans la ferme.
Je me souviens de notre chèvre et de sa laine
Je me souviens de lui et du Sud de la France.
De notre Sud.
Puis je me souviens de lui
De lui et de son absence.

Je regarde Raph’, avec un regard mêlé de détermination et nostalgie.
Jim me dit qu’il est d’accord pour m’aider à trouver l’adresse d’Adrien.
Je hoche de la tête, et pose un avant bras sur chacun de leur épaules.

Vendredi 20 Octobre 2018
9:15

Dernier jour avant les vacances

En plein contrôle surprise de Physique. Voilà 15 minutes que je bloque sur la dernière question qui vaut 10 points, et à laquelle je suis donc obligé de répondre. Le prof ramasse les copies dans vingt minutes. J’ai envie de déchirer ma feuille et de lui faire ingurgiter tout ce que j’ai écrit, pour que ça lui monte à la tête, qu’il me foute un 20 et qu’on n’en parle plus jusqu’à ce que je quitte ce foutu lycée.
Malheureusement, ce n’est pas de cette manière que j’aurai mon bac.

Soudain, on toque à la porte.
C’est
Dalila.
Il ne manquait plus qu’elle. C’est pas vrai, mais c’est pas vrai !

-« Bonjour, je dois rattraper un contrôle dans votre classe.
Le prof lui répond sur une voix posée :
-Bien-sûr, asseyez vous au fond, à côté du jeune homme.
Et bien entendu, le seul « jeune homme »assit seul au fond, c’est moi.
Et oui, il faut bien que le hasard vienne parfois nous chercher la merde. Sinon, ce n’est pas drôle !
Je fais mine d’être concentré sur ma copie, juste pour ne pas croiser son regard. Et je sais que j’en meurs d’envie.
Néanmoins, je la vois du coin de l’œil. Elle sort ses affaires d’un geste délicat et raffiné, comme si elle était une excellente élève et bonne fille à papa. Et c’est là que je me rends compte à quel point certaines personnes cachent bien leur jeu.
Les minutes passent, les gribouillis sur mon brouillon aussi.

Quant à Dalila, elle a terminé d’écrire depuis quelques minutes. Sa feuille est retournée au coin de la table, et je sens son regard papillonner sur moi.
Déconcentré, je finis par poser mon stylo, et laisse la dernière question à 10 points à l’abandon. De toute façon, vu le point où j’en suis, même une bonne note ne peut plus rien faire pour ma moyenne…

Soudain, un papier se pose sur ma trousse. Je le déplie discrètement sous la table.

Question 5) : (a)

{\displaystyle C_{M}={\frac {m}{V.M}}={\frac {n}{V}}}
{\displaystyle m=n.M=C_{M}.V.M}

P.S : A la question b, c’est un piège. Calcule d’abord la masse.

Je regarde Dalila, mais je n’ai même pas le temps de la remercier. Elle me fait un hochement de tête comme pour dire : « Y’a pas de quoi. »
Puis, elle tourne son attention vers un livre ouvert sur ses cuisses.

Je m’empresse de finir la question 5 qui me paraît maintenant plus facile, puis je récupère le bout de papier, sur lequel je lui dit :

« Merci. Mais tu n’étais pas obligée.
-Je sais. Dis, tu m’aimes encore ? Répond-elle, à l’encre bleue.
J’hésite à lui répondre sur ce minable papier. Finalement, je prends mon stylo noir:
-Je ne sais pas.
Son stylo ne marche pas bien. Des ratures apparaissent sur le coin de la feuille :
-Pourquoi ?
-Je ne sais pas aimer.
Je la voit secouer de la tête après avoir déplié ma phrase, à laquelle elle répond :
-Et moi, comment m’as-tu aimée, alors ?
-Comme un débutant.
Elle prend deux inspirations, avant d’écrire:
-…Et maintenant ?
-A reculons.
Je l’entend ricaner. Le prof lui réclame de faire moins de bruit, alors elle écrit son silence sur des mots en papier:
-Tu recules, quand tu aimes ?
-Je piétine.
Elle se masse la nuque.
-Et maintenant ? C’est comment, dans ton cœur ?
-Flou.
Elle me regarde mais je ne la regarde pas.
-Flou ?
Je gribouille :
-Comme un poème.
-Comme un poème ?
Je l’entend sourire. Mais j’écris.

-T’es une fille abstraite. Aussi abstraite que des vers qui s’entremêlent. T’es floue, comme un paysage derrière une vitre embuée. Alors je t’ai mal vue, et je t’ai aimée comme un débutant. Et toi tu t’es laissée aimer comme un poème. Dalila, tu es une poésie. Une poésie moche et mal écrite.

Elle relit plusieurs fois le petit bout de papier.
-Et c’est donc ça l’amour ?
-Je ne sais pas. L’amour est peut-être une question à laquelle nous n’auront jamais de réponse.
-OK… Pour toi l’amour est une question?
-L’amour est une éternelle question.
-Alors je crois te dire je t’aime depuis le début. »

La sonnerie retentit,
Le prof ramasse les copies
Dalila s’en va je ne sais ou
Et moi je reste là face à ce petit bout
Minuscule bout de papier
Où des amours ont été écris sur un pas précipité.

Saison 2, Chapitre 1 : « Terre à terre, face à face »
Chapitre précédent : « Retrouve-moi et nous verrons »

Résumé
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