S.2, Chapitre 2

« Pars. Pars loin, et ne reviens jamais. »

Dimanche, 18:15

Nous coupons les routes et les rues.
Les balles frôlent nos vestes. Je cours en zigzag, pour éviter de m’en prendre une.
Raph’ se retourne vers moi, effrayé. Je lui fait un hochement de tête, pour lui dire de continuer. On ne peut pas s’arrêter.

-Petit con ! Arrête toi immédiatement, ou je te tire dans le gosier. Tu as trois secondes ! me hurle Erwan.
-Raph ! Raph’ !
Il ne m’entend pas. Il court devant moi, accélère et disparaît soudainement.
-Raphaël !
Tout à coup, j’aperçois un cul de sac, à quelque mètres.

-Un…
J’entends sa voix essoufflée se rapprocher de moi.
-Deux…
Mon cœur bat à la chamade, mes poumons semblent à bout de force.
-Trois… Timounet, je te conseille de t’arrêter…
Je n’ai plus qu’à me retourner, pour voir Erwan pointer son arme sur mon moi.
Je deviens vide, comme si j’étais déjà entre la vie et la mort.
Et là, c’est comme si le temps était en suspension.
Je me demande ce que les gens font, lorsque ils se sentent près de la fin. Ils prient ? Est ce que ils crient ? Est ce qu’ils font de belles déclarations à leur proches ? Est ce que Flo l’a fait ? Ou est-elle en train de le faire… ?
« Clac. »
Mon dos est contre le mur de briques, et la sueur dégouline de mon front jusqu’à mes lèvres.
-Je te laisse une seconde de plus pour prendre les 800 balles de tes poches. Avoir mon visage si près de quelqu’un, n’a jamais été aussi terrifiant. Chaque expression de son regard est une menace à double tranchant. J’y vois toute sa haine, à tel point que ça rend la situation pathétique.
Tu as presque envie de pardonner quelqu’un de aussi taré.
Simplement, car il ne sait même pas ce qu’il fait, on dirait.

Je ferme les yeux très fort, et pense à un endroit où je voudrais être. Un endroit où tout serait pardonné, oublié. Et où tout le monde serait aimé, pour la simple raison qu’il ou elle existe. Un endroit où peine et douleur ne seraient plus. Un endroit où tout le monde aurait sa place.
Tout à coup, c’est Erwan qui tombe à terre.
Raphaël tient une bûche de bois dans les mains. Assommé à mes pieds, semi-conscient il murmure, affaibli :
-Je te retrouverai… Je… Je te jure.

Je regarde Raph’, les yeux ronds. Il est à bout de souffle, et je crois qu’il a du mal à réaliser ce qu’il vient de faire.
La voix de Jimmy se fait soudainement entendre. Il nous rejoint, poursuivi à son tour par Mehdi :
-Bordel, mais courez ! courez !

Mehdi arrive derrière, arme tranchante à la main.
Raph’ nous ordonne, avec précipitation :
-Viens, par ici !

Ventre rentré, on se faufile dans un grillage troué, caché au coin du cul de sac.
Jimmy nous rattrape, et on se remet à courir.
Nous accélérons dans une ruelle, mais nous sentons Mehdi nous rattraper de plus en plus vite.
Jim est saisi d’angoisse :

-Bordel, les gars on va crever ! On va crever !
Même si je le crois, je fais comme si je ne l’avais pas entendu.
Nous passons enfin près d’un grand bâtiment. Je me précipite dans cette direction:
-Par ici, à gauche ! Vite !
De justesse, nous parvenons à nous faufiler à l’intérieur, et à fermer la porte.

Raphaël est debout, immobile, contemplant ce qui se passe devant lui.
Une rangée à gauche, une rangée à droite. Une cinquantaine de personnes sont debout, et chantent à l’unisson. Sur la scène, un piano, une batterie, une basse, ainsi qu’un violoncelle accompagnent cette harmonie.
Raph’ nous fait signe de rester silencieux.
Je m’approche, à bout de souffle. Je regarde autour de moi, et l’endroit me semble familier.
Quand je reconnais l’Église où je me suis réfugié un jour de pluie, mon souffle se coupe. J’aperçois le pasteur dos à moi, à la première rangée.
Tout est calme.
Mais qu’est ce que je fous là, encore ?

Jimmy s’avance vers moi :
-Ou est ce que tu nous a fait rentrer, putain ?
-Chut ! Je.. Je ne sais pas. Fais comme si c’était normal, ne dis rien, ou on va se faire remarquer.
– Tim, t’es un boulet ! Tu nous trouve une planque dans une messe ! me fait remarquer Raphaël.
-Parle moins fort, s’il-te-plaît ! Eh, Jimmy ! Viens, on va s’asseoir.
-C’est mort, frérot. Je pue le mort. Dit-il, en reniflant ses aisselles.

Je me demande comment il fait, pour garder cette attitude dans ce genre de situation.
-Mais écoutez moi ! Ce n’est pas compliqué de…

Tout à coup un fracas : Jim pose son coude sur une table un peu bancale, et fait tout tomber au sol. Raph’ fait un bruit pas possible pour lui demander d’être plus discret.
Désespéré, je pose la main sur mon front, pour éviter de croiser le regard de ceux qui se retournent vers nous.
Un vieil homme à lunettes nous demande de nous taire, avec son index sur la bouche :
-Chuuuuuuuuut !

Le temps de silence et de prière se termine avec un chant. Raphaël et Jim me suivent enfin, et s’assoient.
Et je les voit, essayant de lire sur les lèvres des autres pour chanter à peu près les bonnes paroles. Ils prennent un air exagérément sérieux, pour éviter à tout prix de rire. Quant à moi, je reste au fond et debout contre le mur, car je ne veux pas qu’on sache que je connais ces deux-là.

Une jeune femme en fauteuil roulant est à côté de moi, et chante de tout son cœur, les yeux fermés :

« J’allais errant.e, de lieu en lieu
Quand Tu m’as retrouvé.e
Et maintenant je vois
Je vois l’amour, la grâce dans Tes yeux
Donnant Ta vie pour moi
Me ramenant de la mort à la vie »

J’entends sa voix résonner, et j’admire la puissance qu’elle met dans chaque mot qu’elle chante.
Et le fait d’être attentif à sa voix me permet de me laisser intriguer par les paroles…

Je reviens un peu sur Terre, quand le chant accompagné de musique s’arrête. Mon regard se dépose sur la fenêtre. Et là, les sentiments, puis tout ce fracas d’angoisses reviennent faire chavirer mon esprit, quand je reconnais un homme. Dégoulinant de sang et de sueur, son regard frôle le miens.
Il s’agit d’Erwan.
Mon cœur bondit comme celui d’un animal prit au piège.
Je m’assois immédiatement à la dernière rangée. Je baisse le visage, contraint de rester immobile. Je m’efforce de garder les yeux fixés sur le sol. Si je croise encore le regard d’Erwan, je suis un homme mort.
Le pasteur (qui est, soit dit en passant, aussi le flic qui m’a passé les menottes) prend le micro, pour lire un truc à voix haute. L’extrait en question est affiché à l’écran :

 » Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi, beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre. Les scribes du groupe des pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les publicains, disaient à ses disciples :
« Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs ! »
Jésus, qui avait entendu, leur déclara :
« Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »
(Marc 2:13)


Ouais bon, je préviens, ça risque d’être un peu barbant. Si comme moi tu découvres un moment comme ça dans une Église, ne t’inquiète pas, mon pote. Comme ils disent tous, à chaque jour suffit sa boulette…
Eh oui, écoute ! Je n’y suis pour rien, moi. J’suis là, je te raconte ma vie, et il se trouve que celle-ci n’est pas toujours super passionnante…

Il explique :
-Il faut remettre les choses dans son contexte ! Là, Jésus est venu à la rencontre de Lévi, qui est un collecteur d’impôt. Alors si aujourd’hui on devait trouver un équivalent, ça serait comme les huissiers de justice… C’est le genre de métier où personne n’a envie de vous voir ! Et à l’époque, c’était des gens qui volaient plus d’impôts que ce qu’ils devaient à la population, pour faire ce qu’ils voulaient de leur argent. Et Lévi était détesté, pour ça. Pourtant, vient le moment où quelque chose d’inattendu se produit : Jésus, Celui qu’on appelait « Maître », qui est sans péché, vient manger avec lui. Et qu’est ce qu’il lui a demandé, en fait ? »

Un silence intervient après sa question rhétorique. Jim se tourne vers moi :

– « Il lui demande l’oseille ! Puis après il lui met une droite dans sa gueule ! BIM, ça c’est pour avoir collecté tous les impôts de la cité !« 
Je ne prends même pas la peine de lui répondre. Je soupire, pendant que Raph’ lui dit de se taire. (Pas très crédible, puisque ils sont en fait tous les deux morts de rire…)
En attendant, Paul, le fameux pasteur-flic, souriant face à l’assemblée, donne la réponse :
-En fait, Il lui demande de le suivre.
Il hausse des épaules comme si c’était évident, et moi je hausse des sourcils. Et encore une fois, Jim fait une remarque à Raphaël. Mais cette fois-ci, c’est à Raphaël qu’il s’adresse.
-Il est fou lui, dans sa tête ? Genre il lui demande de le suivre alors que c’est un gros batâ…
Je tape sur sa tête en faisant tomber sa casquette, et lui chuchote, agacé :
-…Chut, t’es lourd là !
Puis, je rebaisse la tête immédiatement, en prenant soin de vérifier si Erwan ne nous a pas trouvés.

Bon, merci Jim, du coup je n’ai pas suivi ce qu’a dit le pasteur ensuite. De toute façon, ça n’a pas d’importance, puisque je ne sus pas croyant. Néanmoins, je tape sur Google la référence, histoire de me fondre dans la masse de ceux qui se plongent dans la lecture : Marc 2:13. Je ne comprends pas, je lis entre les lignes. Je n’ai jamais lu ce genre de truc… En fait, je ne lis pas tout-court.

Les propos suivants du pasteur s’enchaînent :
-En fait, la toute dernière personne qu’on verrait écouter et être avec Lévi, c’est Jésus. Et pourtant : Pour la première fois, il y a quelqu’un en face de lui. Quelqu’un qui l’écoute. Et en s’asseyant simplement près de Lévi, en le regardant, en mangeant avec lui, Jésus est en train de lui redonner une identité. Il lui redonne de l’humanité. Et, l’amour de Dieu est en train de se manifester à un homme qui était rejeté.

Un enfant, sur les genoux de son père assis près de moi, chuchote :
-Jésus, il aime les méchants et les gentils, pas vrai ?
Son père lui demande de parler moins fort, et le petit compte sur ses doigts le nombre de personnes que Jésus aurait aimé :
-Papa, est ce que je suis dans les 10 personnes que Jésus a aimé ?
Le père étant trop concentré sur ce qu’enseigne le pasteur, il oublie de répondre à son fils. Celui-ci se tourne vers moi, les yeux brillant :
-Tu sais combien de gens il aime, Jésus, toi ?
Je hausse des épaules. Il prend mes deux mains, et compte mes doigts, puis pose ses mains sur la paume des miennes :
-Il en aime vingt !
Je souris, face à sa jolie innocence. Puis, il se lève pour aller voir sa mère et lui poser la même question, mains dans ses mains.

Je regarde encore mes mains, et entend la fin du discours de Paul :
– Et savez-vous qui est devenu Lévi, suite à cette rencontre ?
Après un court silence, je lève les yeux pour entendre sa réponse :
-Il s’appelle Matthieu. C’est celui qui a écrit l’un des quatre évangiles, vous savez ? Bah, Jésus a fait de cet homme ordinaire Son trésor, un véritable chef-d’œuvre. Et je veux te dire que si tu penses que tu es un malfaiteur, un pécheur, eh bien c’est toi que Dieu veut malgré tout. Il ne veut pas que tu deviennes parfait par tes propres forces, mais Il veut que tu le suive, pour te transformer. Peu importe qui tu es, peu importe jusqu’où tu es tombé.e : Car Il ne te laissera pas tomber plus bas que Sa main.

Puis, il conclue sur une courte prière.
(En fait…Il a dit d’autres trucs, il me semble, mais j’ai décroché depuis un moment. Désolé.)

Le culte se termine enfin.
Mon dos se décolle du mur, et je traverse la foule, tête baissée. Mon cœur tambourine et relance l’action.
A droite, à gauche, derrière moi, devant moi, je n’aperçois ni Jimmy, ni Raphaël. Et si ils étaient déjà sortis, et qu’ils s’apprêtaient à recroiser ce danger humain ?
Je bouscule, suffoque, cherche, transpire, tourne la tête, baisse le visage, cherche, seul face à une foule inconnue, mais ne trouve personne.
Pardon pardon excusez moi, je peux passer

Je vais jusqu’au devant de la scène, et aperçois enfin Raph’ avec… Paul, le pasteur. J’aurai dû m’en douter : Il semblent avoir une longue discussion, vu les propos de Raphaël :

-Ouais, je vois tout à fait ce que vous voulez dire. Mais si je peux me permettre d’exposer mon point de vue personnel, il est pour moi difficile de croire en l’existence d’un Dieu, quand la science et le pragmatisme nous prouve tout son contraire, avec des preuves très matérialistes.

Je tape discrètement son épaule :
-Hum, Raph’ ? Comment dire… Il faut qu’on se taille, il y a…
-Ah, d’accord. C’est hypothétique, en effet. Mais alors, Il aurait laissé les hommes se battre à mort pendant des années, pour une idéologie qui se perd aujourd’hui ?

Je lève les yeux au plafond, et soupire. Je lui chuchote, pressé :
-T’as toute les vacances, pour philosopher. Mais là, il faut vraiment trouver Jim, je crois qu’il est sortis et il y a…

Raphaël se tourne enfin :
-Tu ne vois pas que je discute ?
-Mais c’est justement ça le problème ! Ça fait une heure que je vous cherche, parce que…
-Tiens, Timothée ! Qu’est ce que tu fais là ? Ça fait plaisir, de te voir.
Paul se penche vers moi pour me faire la bise. Et là, une idée vient éclairer mon esprit. En effet, j’ai là une occasion idéale pour écarter Erwan de moi une bonne fois pour toute. Si il me voit en présence de Paul -qu’il connaît en tant que policier-, je n’ai plus qu’à espérer de ne plus jamais avoir à faire à lui.

Je lance une discussion avec lui, et recule légèrement, de sorte à ce que le pasteur se rapproche à proximité de la fenêtre. Erwan croise mon regard. Mais son sourire se décompose rapidement quand il aperçoit Paul.
Il recule, et devient blanc comme un cul. Et il s’enfuit dès qu’il reconnaît le visage sous le masque du pasteur, qui, heureusement, n’a rien remarqué.

Mes poumons semblent reprendre vie. Mes nerfs se relâchent, et ma transpiration se refroidit.
Mon attention revient tant bien que mal, sur la réalité. Paul nous propose :

-Tenez, si ça vous intéresse ! La semaine prochaine, on organise avec le groupe de jeunes un week-end dans la forêt. On campera sur place, et on se nourrira de marshmallows grillés. L’adresse est juste en bas de la feuille !

Raph’ prend le flyer :
-Wouaw, à la belle étoile ! Cool. Tu viens, Tim ?
J’arrache de sa main le flyer qu’il me montre, et lis entre les lignes :
Au programme : Jeux, Louange au coin du feu, marshmallows grillés, lecture de la bible & méditation, sur le thème de la Foi

/!\ Pense à un pic-nique, un sac de couchage, et à ta guitare si tu es musicien !
D’un coup, Jimmy s’incruste au milieu de nous :
-Juuuure ! Vous vous connaissez ? Truc de ouf, ça y est j’ai capté ! C’est le type dont tu nous a parlé l’autre fois ? Alors, tu lui a confesser tes péchés ou quoi ?!
Je le fusille du regard. Puis, fourre le flyer en boule au fond de mon sac. J’ai chaud à la tête, et la colère monte.
J’ai été assez ridiculisé pour aujourd’hui. C’est à Paul, le pasteur, que je m’adresse :
-Vous n’avez pas des gosses, ou une femme à vous occuper, plutôt ? Je vous ai déjà demandé de me laisser tranquille avec ça !

Alors que je monte le ton, des musiciens qui rangeaient le matériel sur la scène se retournent vers moi, silencieux. Alors je reprends plus calmement, à voix basse :

-Désolé… Mais vous ferez ça sans moi. Dis-je, devant le regard gêné de Raph’ et Jimmy.

Je pars en direction des toilettes, afin de faire le tri dans toute ces émotions en vrac.
Je me rince le visage à maintes reprises.
J’aperçois mon reflet pâle dans le miroir. Mon pouls résonne dans le crâne.
Je respire profondément, et fais le point, en me regardant droit dans les yeux.

Tout est devenu tellement risqué, ici.
Et viendra le jour où Erwan me retrouvera forcément, et cette fois, il aura pour cible ma famille et mes amis. Comme ce fut déjà le cas aujourd’hui…

Je sors enfin des lieux, et les deux phénomènes m’attendent devant :
La nuit est tombée, et une brise vient rafraîchir nos visages.
On s’assoit au fond du parking, et Jim soupire :

-Désolé, on a joué les boulets à l’Église. On ne savait pas que…
Je renchéris :
-Non mais ne vous excusez pas, vous êtes fous ou quoi ? On aurait pu se faire tuer, tous les trois. Puis j’ai foutu un froid de plus, avec l’autre pasteur, là..
Raphaël propose une solution :
-Je me chargerai de contacter la police demain…
Mon souffle se coupe :
-Mais la question n’est pas là. Vous n’en seriez pas là si je ne m’étais pas foutu dans ce trafic d’emmerdes. Ce n’est pas la première fois que je vous mets en danger…
-Qu’est ce que tu veux dire ? Me demande Raphaël
Je m’allonge sur le sol, plongeant mes yeux dans le ciel étoilé, et songe à l’endroit où je m’enfuirai :
-Je pars.

Jim s’allonge à son tour, à ma gauche :
-Quoi ? Mais…
-N’essaie pas de me retenir là. Tu sais bien que mes choix, mes conneries, ont fait de moi quelqu’un de dangereux. Pour vous, et pour ma famille…
Raphaël s’allonge aussi :
-Tu n’as pas à porter toute cette culpabilité… On est tes amis, on est là.
-Vous êtes sympas… Mais à ce stade, être mes potes ne suffit pas.
-Tu pars ou ? Me demande Jim, la voix tremblante
J’inspire. Puis j’expire :
-Loin.

Et là, sur ce béton tout froid, nous contemplons le ciel. Raphaël aperçoit une étoile filante, mais il dit qu’elle est beaucoup trop rapide pour avoir eu le temps de faire un vœu.
-Tiens, bah choisis-en un à ma place. Je n’ai pas d’inspiration, ce soir.
Après avoir soupiré, je réfléchis à ce dont je peux avoir besoin. Puis, vu le nombre de trucs, je fais une conclusion très brève :
-Vous avez une idée, d’où vient la légende des vœux à la bonne étoile ?
Jim rétorque :
-Des besoins des hommes, sans doute. Genre, ils ne savent pas trop en quoi espérer alors ils optent pour le hasard. Et pour que ça fasse un peu stylé et crédible, ils foutent leur espoir dans les étoiles.
Raphaël ri :
-Jim qui parle de manière censée ! Ça fait bizarre.

Après m’être moqué de lui à mon tour, je pose une question pour combler chaque petit silence :
-Est ce que, il y a un truc qui manque à votre vie ?

Raphaël soupire. Il soupire toujours, avant de réfléchir à ce genre de chose. Alors je sais qu’il doit en avoir pour un moment, donc j’attends la réponse de Jim, qui répond assez vite:
-J’sais pas, j’dirais… L’argent. Pour pouvoir me satisfaire dans un tas de trucs, un tas d’idées !

Raph’ répond à son tour :
-Moi, je pense que ça serait la chance. Car c’est vrai que ces derniers temps c’est un peu la merde, donc j’espère qu’un jour, je serai peut-être plus chanceux…
Je reste dans le silence, pour écouter ce que moi, j’en pense. Et Jim me retourne la question :
-Et toi, Timo ?
Je secoue la tête :
-Bah… Je ne sais pas. Il me manque quelque chose, ça je le sait. Mais… Je n’arrive pas à poser des mots dessus. Il n’y a rien qui me satisfait, en fait. Franchement… Je n’en sais rien.

On ne dit rien.
Et les paroles, la mélodie, que la dame en fauteuil chantait à l’Église fait des allers retours dans mon esprit.

Et dans tout ce vacarme,
J’essaie de compter les étoiles
Une
Par
Une
Je les observe scintiller
Fièrement dans le noir.

Je ne parviens pas à arrêter de me remémorer, les actes dont je me suis rendu coupable. Ma voix intérieure devient un juge et mes pensées des calomniateurs.
Que dois-je faire, maintenant que je viens d’exposer mon entourage à la mort ?
Les regrets s’empilent sur mes épaules,
Et chaque souvenir est un coup de fouet sur le dos.

Après 1h30 de longue marche sous la nuit,
Je réponds aux sept messages de ma mère,
De ne pas se faire de soucis, car je rentre en vie.
Alors que mes pensées deviennent de plus en plus amère,
Je roule un joint,
De mes doigts bouffis et salis
Par ces combats que je mène en vain.

Et du creux de ma bouche et devant ma porte
Du creux des murmures, et là où je chuchote
Ma voix crisse comme un triste accordéon :
« Raphaël, à toi, et à tous je vous demande pardon. »

J’ai passé la nuit à faire mon sac,
J’ai passé la nuit à écrire sur une feuille, Les raisons pour lesquelles ils ne devront pas s’inquiéter. »
J’ai aussi passé la nuit à écrire à mon frère :
Lui demander ou est ce que je serai sûr de le rencontrer.
Si il préférait qu’on court à la colline ou à la mer

Lui dire que OK, si il faut que je parte pour le retrouver, je le ferait.
Lui dire que je pars plus loin, d’un peu de tout,
Pour être un peu plus près de lui, et c’est tout.
Puis j’ai attendu le matin,
En attendant sa réponse
En respirant cette dernière dose de poudre blanche, gisant sur ma table
Puis j’ai passé le reste de l’aube à me demander
A quoi je pourrais penser,
Durant le long trajet.

Je me suis levé avec le soleil
Prenant mon sac sur le dos
J’ai aussi pris mon élan, mon skate et mon courage,
Sous les premiers rayons du ciel, s’échouant comme un bateau
Sur le sable fin de mon visage

En traînant le jugement et les regrets derrière moi,
Me voici en route vers la gare,
Vers l’inconnu, larguant les amarres
En direction de moi-même
Vers ce que je n’ai jamais vu de près
Et vers ce que l’autre bout du monde sème
L’or, que mes yeux oseront peut-être récolter

Chapitre précédent : « Terre à terre, face à face »

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