Chapitre 4

Dalila

Franchement, il ne faut vraiment pas avoir de chance pour tomber amoureux d’une fille qui n’en a rien à foutre à ce point.
Si seulement on pouvait choisir de qui on tombe amoureux, l’amour serait un petit peu moins con, et un peu plus beau, puis beaucoup plus simple.
Qu’est ce que les choses peuvent être mal faites.
Néanmoins et heureusement, je ne pense pas être le seul sur cette planète à connaître ce truc, là : La friendzone. Si tu as la chance de ne pas connaître ce que c’est, je t’explique vite fait pour que tu comprennes.

« -Je t’aime !
-Moi aussi je t’aime, tu es un super ami. »

Voilà, c’est un peu ça en gros. Tandis que toi, tu veux aller plus loin que ce stade de l’amitié, elle, elle te considère comme son ami, ou pire : son frère de cœur. Voilà ce qu’on appelle la friendzone. Et si c’est ton cas actuellement, mon pote… Tu as tout mon soutien.

Pour fêter la fin de l’année et le début des vacances, Jim a organisé une soirée chez sa tante qui lui a prêté sa grande maison, au bord de la plage. Il a invité pleins de gens, des gens que je connaissais, que je ne connaissais pas, des gens que j’appréciais et d’autres pas du tout. Bref, il y avait beaucoup de monde. Et c’est un peu la raison pour laquelle je n’avais pas envie d’y aller… Mais Jimmy a insisté, Flo a insisté, Raphaël aussi, alors j’y suis allé.

***

Dernier examen, terminé. Je me sens bien, car les cours, le lycée, les contrôles, les profs, tout ça, je n’en entendrai plus parler pendant deux bons mois. Mais d’un autre côté, je sens que j’ai bien foiré les deux dernières épreuves.
La prof puait de la gueule, à un point mais tellement fort que je faisais exprès de faire des réponses les plus longues possibles pour éviter qu’elle ouvre sa bouche pour me poser une autre question. Elle n’articulait pas, et je devais à chaque fois lui demander 3 fois de répéter ce qu’elle me demandait. Et puis son regard qui partait vers le haut, ses soupirs puants qui me faisaient bien comprendre :
« tu te foires, là ! Rhalala… Tu vas voir, la sale note que tu te ramasseras.
Punaise, je t’assures, j’avais envie de lui mettre une tarte. Déjà, j’ai fais l’effort d’être venu à son entretien pourris, là. Alors elle n’avait pas à se plaindre si je ne comprenais pas ses questions à la con.
« l’examen est terminé, tu peux disposer. » Ceci est la meilleure phrase de délivrance qu’un étudiant peut entendre.

En sortant de la salle, je claque la porte et fourre à l’arrache mes documents et mes affaires dans mon sac, que je fous sur mon épaule, puis je fonce jusqu’à la sortie de ce foutu établissement.
Une soirée dans une méga maison au bord de la mer m’attend !
Mais juste avant, je dois passer au hangar en ruine. J’ai promis à Jim de ramener du shit pour ce soir. J’espère juste ne pas avoir de problèmes avec Erwan, arrivé là-bas… Mais bon, ça va le faire ! (Enfin, je l’espère).

Je suis assis au sol, j’attends que le temps passe, j’attends Erwan. C’est la première fois qu’il a autant de retard, et il fallait que ça tombe maintenant, putain.
Je fais des dessins débiles sur le sol avec un bâton, j’essaye de réfléchir à un moyen de choper quand même quelques sachets de shit même si il y a peu de chance à ce qu’Erwan arrive avec un sourire m’annonçant la bienvenue. Il crève de chaud, et l’endroit est désert. Je m’ennuie… Je me lève alors pour explorer le hangar à moitié en ruine. Il y a des vieilles voitures aux portières à moitié décapitées, des chaises poussiéreuses, des planches, des tables cassées mises en tas au milieu, des boîtes de conserve avec des trucs gluants à l’intérieur (et je n’aimerais pas trop savoir ce que c’est…). Il y a de vieux trucs brûlés, et tu ne marches pas 1m sans te prendre un truc dans les pieds.
Il fait sombre. Mais quelques rayons de soleil apparaissent au travers des fissures du toit, ce qui me laisse apercevoir des tags jaunes, oranges et noirs sur les murs. Je m’approche pour regarder, et ça a l’air de signifier quelque chose :

« Sang donné = dette payée + vie sauvée »

Je trouve que le graphisme est très bien fait. Les couleurs vont drôlement bien ensemble, et c’est écrit avec une jolie écriture. C’est le seul truc joli et pétillant dans cet endroit paumé, puant le moisi et le brûlé.
Pendant que je contemple ces grosses lettres colorées qui illuminent ce mur crade, j’entends soudain des pas venir de nulle part. Chaque petit son, chaque petit craquement résonne, ce qui me laisse un peu le temps d’analyser d’où vient ce bruit…
Mais je ne vois personne. Je recule doucement, pas à pas en regardant autour de moi : Silence.

« Il y a quelqu’un ? » Dis-je, en balayant l’endroit avec ma lampe de poche. Personne.

« Erwan, c’est toi ? »

Puisque ce bruit de pas a brusquement cessé, je choisi de m’avancer en direction du fond du hangar, car c’est de là ou provenaient les craquements. Je dois avouer que c’est un peu flippant, et quand je regarde l’heure, je constate que je suis dans la merde. Mon père vient me chercher devant le lycée dans 10 minutes, pour un rendez-vous à la mairie… (je lui ai fait croire que je finissais les examens à 17h, afin d’avoir 1h pour négocier avec Erwan).

« Putain, qu’est ce qu’il fou ? »
Dis-je à voix haute, tout en déverrouillant mon téléphone afin de l’appeler, lorsque je vois tout à coup un autre tag en rouge sur le sol, juste sous mes pieds. On dirait plutôt de la peinture étalée à l’arrache.

« Casse-toi ! »

C’est quoi ce bordel ?! Est ce que ce truc était déjà écrit là, avant ? Est-ce une coïncidence, ou bien je suis juste parano ?
Est ce que je dois rester ou fuir, j’en sais rien. Je reste bêtement là, regardant le sol dégoulinant de peinture rouge, comme si je réfléchissais. Alors que je suis à deux doigts de me pisser dessus…
Quand tout à coup, une voix me fait sursauter.

« Tiens, te voilà… Tu m’excuseras, pour mon retard. Je cherchais désespérément un moyen pour… Comment dire… Te casser la gueule ? »
Il est là. Il sourit à pleine dents, et jongle avec un petit couteau comme si c’était une marionnette.
Je recule, les mains en l’air. J’ai envie de dire quelque chose, mon instinct de défense brûle sur mes lèvres. Mais mes yeux restent fixés sur le visage narquois de Erwan, un mec grand, roux, en sweat noir et jean déchiré.

« Bah qu’est ce qui a Timothée ? Quelque chose… Ne va pas ? Tu es tout pâle! »
Dit-il, en riant. Je recule toujours, lentement, vers la sortie.
-Erwan, écoute-moi, OK? Ne… Ne fais pas de connerie.
-Oh, monsieur, veut que je l’écoute. Eh bien, parle-donc ! Dis moi ! Peut-être vas-tu enfin m’expliquer pourquoi tu ne m’as toujours pas rendu mes 160balles depuis plus de trois mois ?
S’exclame-il, en me parlant comme si j’étais un gosse. Chose que je déteste.
-J’ai eu des petits… Soucis d’argent ces derniers temps, et…
-Excuse entendue plus de mille fois ! Ils disent tous ça.
-Soit, soit. Mais j’ai un rendez-vous avec la mairie, là tout à l’heure… Je vais travailler cet été, et je te payerai ma dette. Laisse moi jusqu’à fin juillet, et je te promets que tu auras tes 160balles. OK?
Je continue de reculer. Il ri, en jouant de nouveau avec son couteau comme un gamin à qui il faut qu’on enlève vite un jouet dangereux.
-T’es bien mignon, Tim. Mais j’ai besoin de mes 160balles cette semaine, car j’attends une « petite » livraison de shit ce vendredi. Et je suppose… Que tu n’as rien sur toi, n’est-ce pas ?
Je fouille désespérément mes poches. Mon porte-feuille ne contient qu’un pauvre billet de 10 Euros, qui était censé payer un petit stock de shit pour ce soir. Or, vu la situation actuelle, je pense que c’est foutu d’avance pour en ramener à la soirée.
– J’ai là un billet de 10, je te paye le reste cette semaine.
Il reste silencieux, s’approche de moi avec son couteau à la main. Je recule toujours, et il avance encore et encore, quand il stoppe tout à coup ma marche en me chopant violemment par le col.
-Tu te fous de ma gueule ?
Je reste silencieux, et mon regard transperce le sien, comme si j’espérais que cela suffise à le convaincre de au moins ne pas me casser la gueule. Finalement, il ouvre la sienne :
– Écoute moi bien petite connerie sur pattes. Ça fait trois mois que mon trafic se noie à cause de manque d’argent. Et pourquoi, à ton avis ? Car toi et d’autres tapettes me doivent encore de l’oseille. Mais je sais bien que tu es venu pour me gratter encore ta dose de shit.
Après un petit silence, il poursuit dans un sourire en coin :
– T’as le droit à ta merde, à une seule condition : Soit tu me ramène le reste du fric avant vendredi, soit je me pointe devant ta baraque avec deux ou trois mecs en plus, que tu apprécieras sans aucun doute. Mais tu ne voudrais quand même pas que ta famille voit sa petite maisonnette en désordre, n’est ce pas, mon cher Timothée ? »
Il me secoue avant de me jeter violemment devant la sortie du hangar contre une sale voiture à moitié pétée, qui tombe en débris après le choc. Il m’arrache le billet de 10 de la main, et me jette en échange un minable et minuscule morceau de shit à la figure.
Mais, au lieu de partir, il reste planté devant moi, toujours avec ce couteau entre les doigts. Je suis tétanisé.

Quand soudain, une main me tire jusqu’à dehors, et me fait rapidement monter dans une bagnole, qui démarre à toute vitesse. Je n’ai même pas le temps de croiser le visage de la personne qui m’a tiré de là, que la voiture roule à mille allure.
Je prends le temps de m’asseoir sur la banquette arrière, je reprends mes esprits tout en essayant de m’attacher pendant que le conducteur déambule à fond dans les virages, sur cette petite route perdue.
Je regarde dans le rétroviseur, et il s’agit… D’une fille. Blonde, avec un foulard rouge dans les cheveux. Elle a une veste en jean, et des yeux bruns, qui deviennent roux au soleil.

« Ça va ? »
Dit-elle toute souriante et sur un ton enjoué, comme si elle était venue me chercher chez ma grand-mère, me demandant comment étaient les tartelettes à la fraise et aux myrtilles. Cette fille semble complètement… absurde, et je crois que je l’apprécie déjà.

Je me redresse, en m’accrochant à son siège dans les virages.
-« Euh… Je…
-T’es un peu con d’être resté planté là, à regarder le sol. Il te fallait quoi de plus, pour que tu comprennes qu’il fallait te barrer ?
-Attends, attends, quoi ? Mais… C’est toi qui a écrit ce truc au sol ? T’es qui ? Et comment tu savais que je…
-Pas le temps d’expliquer, désolée. J’te dépose où ? Dis moi vite, je fonce vers la sortie, là.
-Euh, merde… Je dois aller où déjà ?… Lycée ! Devant le lycée.
Elle ri.
-T’as l’air un peu paumé, toi non ?
La honte… Je tente de reprendre le contrôle de moi-même.
-Non non, pas du tout. C’est juste que…
-…Non mais ne te justifie pas, ce n’est pas grave. C’est mignon je trouve.
-Attention, t’es à contre sens putain !!!
-Mais non, t’inquiètes ! c’était juste pour doubler ce pépé, il roule à 20km heures. Regarde, là, je me remets sur la voie.
Cette fille est folle.
-Il faut que tu te détendes, toi hein, t’es pas tranquille. »
En disant ces mots, j’aperçois juste ses yeux moqueurs m’observant dans le rétroviseur.

« -Et voilààààà ! Nous y sommes. Tu étudies ici ?
-Ouais, j’ai finis les examens cet après-midi.
-Cool.
Petit silence.
-Bon, euh… Faut que j’y aille. Merci pour tout à l’heure, au fait.
-De rien ! Espérons que tu n’aies plus à te retrouver dans ce genre de merde.
-Ouais…
Je m’apprête à sortir de la voiture, quand elle dit des mots qui me retiennent quelques secondes sur place :
-J’suis sérieuse. Erwan est un mec qui ne rigole pas, alors je te conseille de régler rapidement ce problème que tu as avec lui…
-Je sais… Merci. A plus. »

Avant qu’on se sépare, j’ai voulu me retourner rapidement pour découvrir qui était cette fille, mais à peine je suis sorti de la voiture qu’elle a démarré à fond en direction de je ne sais pas ou.
Je regarde la voiture s’éloigner au loin, le temps de remettre mon esprit en place.

« -Eh oh, Tim ! Tu es dans un autre monde ou quoi ?!
Mon père m’interpelle de l’autre côté du trottoir, en me faisant comprendre qu’il est assez pressé.
-Oui, euh enfin non, j’arrive !
Dans la voiture, il me regarde dans le coin de l’œil, d’un regard suspect.
-Eh, gamin, ça va ? T’es tout pâle ! C’est la fin de tes examens, qui te met dans un état pareil ? T’en fais pas, va. Ça va le faire !
Et là, sans contrôler quoique ce soit, je me mets à rire, à rire aux éclats. Si seulement c’était uniquement à cause des examens qu’il s’inquiétait de mon cas. Si seulement. En essayant de me calmer, je tente de placer quelques mots entre deux rires nerveux :
-Oui, oui… Ça va ! C’est juste la pression des examens qui retombe. Tu as raison.
Si seulement il avait raison.
-Oulah, t’as besoin de repos toi. Bon, c’est pas qu’on est en retard à cause de ton retard de 15 minutes, là, mais la mairie ne va pas nous attendre 2 heures. Donc je conduis maintenant, mais pour aller à ta soirée, tu prends le volant ! Tu dois avancer dans tes heures de conduite.
-J’ai envie de vomir.
-Oh non, Timothée, pas dans la voiture sérieux ! »

Après toute ces péripéties et le moment vomito au bord de la route, puis l’entretien avec une secrétaire de la mairie, je conduis en direction de la soirée, avec enfin l’esprit tranquille. Je travaille durant le mois de Juillet, j’aurai largement assez pour payer ma foutue dette à Erwan !

Quand, tout à coup, je me souviens de sa menace.
Si je n’ai pas les 150 Euros d’ici vendredi, ce n’est pas moi qui aurais des ennuis, mais ma famille. Et là, ça craint. J’ai trois jours pour me délivrer de cette merde…

« -Hum, dis papa…
– Oui ?
-Ça me gène de te demander ça, vraiment mais… Comment dire
-Dis moi toujours !
-Tu sais, en Octobre j’ai 18 ans, et j’aimerais un nouveau téléphone. Le truc c’est que il va bientôt sortir, et en Octobre les prix augmenteront, j’suis sûr. Alors j’aimerais l’acheter au plus vite.
-OK, et ?
-Alors voilà, je voulais savoir si tu voulais bien me passer 150 Euros cette semaine.
Son regard est suspect.
-Pour ton anniversaire, donc ?
-Ouais… J’aimerais l’acheter cette semaine au plus vite
De nouveau son regard suspect
-Tu sais, les réductions, tout ça… Faut en profiter.
-150 balles, là maintenant ? C’est pour de la drogue, ou quoi ?

Il s’explose de rire.
-Mais ne me regarde pas avec cette tête là ! Je te fais marcher.
Après un moment de silence, il poursuit :
Ahlala, si tu savais le nombre de jeunes embarqués dans ce trafic, c’est triste, hein… Tu sais que la semaine dernière, aux infos, ils ont parlé d’un dealer qui a tué un gamin de 15 ans ? Ça fait peur.
-Ouais, carrément…
Mon cœur bat à la chamade.
– Bon, je te fais un chèque en rentrant, si j’y pense. En espérant que tu l’utilise à bon escient et que tu réponde au téléphone, si je te le paye !
-Merci, papa. Merci.

Soudain, une voiture frôle la mienne en me doublant brusquement. Une 207 grise et cabossée. Mon père prend peur :

« -Mais qu’est ce qu’elle fou elle ? Elle est folle !

Et là, je comprends. C’est elle. C’est sa voiture. C’est sa manière de conduire, c’est sa manière de doubler ceux qui ne roulent pas comme elle.
C’est cette fille au regard roux au soleil, à la voix gaie, aux cheveux blonds. C’est cette fille au visage encore inconnu, cette fille que j’ai trouvé belle rien qu’à sa voix, à ses yeux et à son grain de folie. C’est cette folle là, dont mon père parle.
Une nouvelle occasion se présente pour la voir, croiser son regard et son visage au moins trois secondes. Juste ça.
Qui est-elle ?

Je ne réfléchis pas une demi-seconde : je trace pour la doubler à mon tour, je trace pour la suivre. J’appuie sur l’accélérateur, la voiture fait un sale bruit sur le virage et je laisse cette adrénaline s’en prendre à mon ventre. Des voitures klaxonnent, des conducteurs m’insultent, mon père gueule, et moi je ne lâche pas cette 207 des yeux.

-« MAIS TU FOUS QUOI ? RALENTIS IMMÉDIATEMENT ! TIM, TU M’ENTENDS? RALENTIS TOUT DE SUITE CETTE VOITURE »

Je ne lui répond pas, et je parviens presque à la voiture de cette déjantée. Quand, la fenêtre du côté conducteur s’ouvre et laisse passer une main me faisant un magistral doigt d’honneur.
Une provocation ? Parfait. J’accélère.

« ARRÊTE ! ARRÊTE ! TIM, TU CHERCHES LES ENNUIS ! TU VAS ARRÊTER CETTE BAGNOLE, NOM DE DIEU ?!
-DIEU, JE L’EMMERDE ! WOUUUUHOUUUU« 

Qu’est ce qu’il me prend ? Je ne sais pas. L’adrénaline me fait certainement dire et penser n’importe quoi.

Nous arrivons à un feu rouge, et elle semble ralentir. Je ralentis à mon tour, et replace ma voiture sur la voie juste à côté de la sienne.
Nous ralentissons chacun son tour, petit à petit. Je baisse la vitre, et m’apprête à voir enfin l’identité de cette fille.
Quand tout à coup, elle démarre finalement à toute allure en grillant le feu rouge. Mais quelle connasse.
Avant même que je reprenne le volant entre mes mains, mon père m’en a empêché et a arrêté le moteur.

– « Qu’est ce que tu cherches à faire, là au juste ? Hein ? Descends immédiatement, et passe de l’autre côté.
-Mais papa, putain…
-Ne discute pas. »
Vu son regard et le ton de sa voix, je m’exécute.

J’ai perdu la voiture de cette inconnue, et elle m’a semé.
Le reste du trajet est monotone et insupportablement silencieux.

Arrivé dans cette grande maison, tout est bruyant et plein de monde. La musique est à fond, mes potes s’éclatent, mais moi je suis assis dehors avec mon verre de vodka, et je n’ai envie de parler à personne.
Je n’arrête pas de repenser à cette fille. Pourquoi elle m’a aidé ? Comment savait-elle que j’avais besoin d’aide ? Qui est-elle, comment s’appelle-elle ?
C’est une fille blonde, avec un foulard rouge et des yeux marrons mais magnifiquement roux au soleil. Je sais qu’elle est magnifique, sa voix résonne de sa beauté.
Je regarde les vagues marcher à reculons, et avancer au ralentit. Je les contemples bercer l’écume, embaumant le silence du soir.
Le ciel scintille d’étoiles. Chacune d’elle semble m’observer, veiller sur moi. Quand, soudainement, je me sens profondément seul, engourdi de solitude. Je ne sais pas si tu as déjà ressenti la solitude. Pas celle que tu ressens lorsque tu t’isoles dans ta chambre, je te parles de cette solitude là, la vraie. Celle qui te laisse confronté à toi même, celle qui te donne un goût amer de toi même, comme si tu avais tout manqué dans ta vie, comme si tout manquait à ta vie. Tu ressens un putain de besoin de quelque chose, mais tu ne sais pas quoi. Tu ressens un vide, un gouffre, mais tu ne sais pas de quoi il a besoin d’être rempli. Alors tu penses que tu dois fumer, boire un coup, ou autre. Mais en fait non, c’est autre chose. Et ce sentiment là est insupportablement frustrant…

Je vais poser une question débile, mais admettons le, on se l’est déjà tous posée au moins une fois. Pas vrais ?
Est ce que quelqu’un m’aime vraiment ? Mes parents, tu vas me dire. Mais tu n’as pas vraiment compris la question. Je te parle d’un amour vrai, profond, tellement profond que c’est un truc que personne sur Terre n’aurai encore vécu. Mes parents, eux, ne savent même pas qui je suis vraiment, ils ne savent pas ce que je fais réellement. Ils prétendent m’aimer, certes. Mais si ils savaient ce que je faisais en cachette, si ils connaissaient mes actes, mes pensées, et la raison pour laquelle je gratte 150 Euros à mon père, ils ne m’aimeraient pas de la même façon. Ils changeraient d’attitude envers moi, ils auraient même peut-être peur de moi…
Finalement, l’amour est difficile à comprendre, difficile à cerner. Tout est trop difficile, de nos jours. On aime en se posant trop de questions, on aime pour des raisons particulières et précises. On se casse la tête et puis on se casse le cœur. On aime en attendant quelque chose en retour, et nous sommes finalement constamment déçus. L’amour engendre la déception et c’est pourtant une chose dont nous sommes incapables de se passer, comme si nous en étions dépendant mais à la fois déchirés de ce truc, là. Ce truc qui s’appelle L’amour. Ce truc qui fait battre ton cœur si fort qu’il le brise. L’amour est putain de paradoxal. Il blesse et guérit, il brise et répare, il détruit et reconstruit, il violente et adoucit, il pleure et rigole de nous. L’amour est un peu hypocrite, en fait. Il est plein de choses à la fois, il porte différents masques. C’est un vrai comédien, qui est faux mais qui fait comme si il était vrais.
Pourtant, nous sommes incapables de vivre sans. On est là, à tous vouloir se marier et fonder une famille, pour « l’amour ». Sans savoir ce que c’est vraiment.
Tu sais quoi, je me demande même si l’amour est digne d’être aimé.

– « Heeey, Timothée ! Je te cherchais ! qu’est ce que tu fous, tout seul sur la plage ? Viens à l’intérieur, c’est plus cool ! J’ai quelqu’un à te présenter. »
Jim, deux bouteilles de bière dans chaque main, entouré de deux filles complètement déchirées, saute comme un gosse qui réclame de l’attention.
– Ouais, j’arrive. Flo est arrivée ?
– Yep. D’ailleurs elle a fini tout le peu de shit que tu as pris pour ce soir. Sérieux, mec, t’as pris 1 demi gramme, t’abuses ! On est 30!
– Non, 29. Raphaël ne fume pas. D’ailleurs, il faudrait que tu prennes le relais pour la récup’ de la beuh, car c’est chaud pour moi en ce moment. »

Arrivés à l’intérieur, tout le monde est comme en trans. Certains se déshabillent presque sur le canapé en galochant par-ci par-là, d’autres sont affalés sur la table en prenant des shoots cul-sec de vodka, pendant qu’un pauvre mec se roule dans son propre vomis, juste à mes pieds.
J’trouve ça marrant.
Jim et moi essayons tant bien que mal de se faufiler au travers de la foule, je le suit jusqu’à la cuisine, où un groupe de 3 filles et 2 gars plutôt normaux, (autrement dit, sobres) sont en train de discuter en bouffant des chips.

« – Eh, Dalila ! Je te présente Timothée, il est lui aussi au lycée Saint-Denis. Tim, je te présente Dalila, ma demi-sœur. Elle s’est ré-orientée dans notre lycée, et sera avec nous à la rentrée ! »
Une jeune fille aux cheveux relevés et enrobés d’un foulard rouge se tourne vers moi.
C’est elle. Oh putain c’est elle. C’est elle, c’est elle, c’est elle.
Elle a un nez merveilleusement fin et raffiné, un sourire plein de malice assorti à son regard pétillant de caractère.

-Ah, salut… Salut Dalila ! Moi c’est Tim. Enfin, Timothée. Je m’appelle Timothée, mais… Tout le monde m’appelle Tim ! Bref, euh ça Jimmy te l’a déjà dit je pense…
Elle ri.
– Ouais, je sais je sais. T’inquiètes.
J’ai chaud, j’ai l’impression d’être ridicule. (Dis-moi que je gère, s’il te plaît…)

Jimmy qui était resté planté là au milieu, nous regarde, les bras croisés. Rien que son regard se fou de ma gueule. En posant les bières qui encombraient ses bras sur la table, il s’exclame :
– « Bon, écoutez, moi je vais vous laisser, hein ! Les autres vous venez ? Y’a du champagne, pour ceux qui ont foiré leurs examens ! »
Je le regarde, avec toute la pitié du monde dans mes yeux. Jim, ne me laisse pas planté là avec elle p’tain, c’est grave gênant ! Je le voit se retenir de rire jusqu’au seuil de la porte.
Quant à Dalila, elle n’a pas l’air gênée du tout. Elle ouvre deux bières, m’en propose une et s’assoit en tailleur sur la table.

Nous sommes restés là et avons parlé, puis ri pendant plus d’une heure, nous avons bu toute les bouteilles de bière qui restaient sur la table. Oups, une main par-ci par-là.
J’ai eu plus d’une heure pour la regarder, et même pour l’aimer. (je crois, je ne suis pas sûr). C’était des sentiments mélangés à la cigarette et à l’alcool, mélangés aux rires et aux visages maladroitement effleurés.
Je me souviens à peine des mots que nous avons échangés. Mais je me souviens que je me suis réveillé vers 11heures, dans un lit. Avec sa tête posée sur mon épaule.
Nous avons gardés contact, et je suis rentré chez moi dans une joie qui pue la nostalgie. Je voulais revivre cette soirée, me rappeler combien cette fille était belle, drôle, puis pleins d’autres choses.
Je suis rentré chez moi, en voyant un chèque de 150 Euros de la part de mon père. Tout était à peu près réglé. Puis mon cœur dansait la valse, la salsa, toute les danses du monde et puait l’espoir. Tout était presque rose. Je me suis jeté sur mon lit, et je regardais mon plafond, musique à fond dans les oreilles.
Je me suis dis que pour une fois, le hasard à bien fait les choses, au moins pour la rencontre de cette fille. Cette nuit était la plus folle de ma vie, ce matin était le plus beau, juste parce que je me suis réveillé avec ses cheveux dans le visage.
Cette fille est un mistral qui décoiffe, qui te donne envie de faire des courses poursuites, qui t’envoie de l’adrénaline en échange de tes sentiments. Cette adrénaline qui commence avec une boule au ventre, qui grossit jusqu’au cœur. Plus je pense à elle, et plus je veux la revoir.

***

On est toujours sur ce foutu toit qui devient froid, et il fait bientôt nuit. Jim a encore de la salade entre les dents, et m’écoute parler la bouche ouverte.

– « Tu vois, ce n’est plus la peine pour moi d’insister. Depuis ce lendemain de cette soirée, c’est comme si elle avait mit le statut « Amis » ou « sexfriends ». Elle n’avait même pas répondu à mes messages où je la remerciait… Au bahut, elle me fait la bise. On rentre parfois ensemble car nous habitons pas loin. On est dans la même équipe en cours de sport. On révise parfois ensemble à la bibliothèque, mais il n’y a rien.
– C’est parce que tu ne lui a pas proposé de rencard ! Me répond-il, comme si c’était évident.
– Mais non, arrête avec tes rencards. C’est pour les ringards, ça.
Après un petit silence, je poursuis en regardant droit devant moi, le regard dans le vide :
– Franchement, il ne faut vraiment pas avoir de chance pour tomber amoureux d’une fille qui n’en a rien à foutre à ce point.
Si seulement on pouvait choisir de qui on tombe amoureux, l’amour serait un petit peu moins con, et un peu plus beau, puis beaucoup plus simple.
Qu’est ce que les choses peuvent être mal faites. Pas vrais ?
– Ouais, t’as raison.
Lui aussi, regarde à son tour dans le vide :
-Sinon, tu comptes aller voir Flo, demain ? Raphaël m’a dit que ça serait bien, qu’on aille la voir tous ensemble…
– Je ne sais pas, à ce qu’il paraît elle n’est pas encore réveillée.

Je regarde Jim dans le coin de l’oeil, et une larme coule sur sa joue. Après s’en être débarrassé brusquement avec sa main, il prend une grande inspiration et me dit, dans une voix brisée :

« Flo était ma meilleure amie… Je veux qu’elle vive.. »

Chacun de ces mots semblaient être un morceau fissuré, détaché de tout espoir. Je voudrais le prendre dans mes bras, lui promettre qu’elle se réveillerait cette nuit, lui promettre qu’on va s’en sortir, lui promettre que demain matin, Flo serait là, avec nous, à rire et nous pincer les joues. Lui promettre que cet accident n’était qu’un vilain cauchemar. Lui promettre tout ce qu’il voulait entendre.


 

Chapitre précédent : « L’effet contre-coup »























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Chapitre 3

L’effet « contre-coup »

Je suis assis sur le rebord de ma fenêtre. Le ciel est beau, car il est rouge et orange. Qu’est ce que je fais actuellement ? Excellente question : Rien.
D’ailleurs, ma vie et moi même sommes tous les deux la définition incarnée de ce mot, là : rien.
Il est moche ce mot je trouve.

Mon histoire ne ressemble à rien, ni à personne. Elle est comme un gribouillage que dessine un môme de 2 ans sur une feuille de brouillon : peut-être unique, certes. Mais ça ne ressemble à rien.
Mais bon ! Écoute, je suis né sans l’avoir demandé, mes parents m’ont eu sans trop s’y attendre d’ailleurs. Et puis un jour, je vais mourir aussi certainement sans le vouloir… Donc entre temps, ‘faut bien s’occuper, s’occuper à faire ce qu’il nous plaît. Et puis merde, profiter quoi ! Le truc, c’est que moi, je n’sais pas trop comment faire. Je suis un lycéen pas super original. C’est pour ça que ce mot « rien » et moi-même allons plutôt bien ensemble. 

Je m’appelle Timothée, j’ai 17 ans, et 18 en Octobre.
Je n’ai ni d’excellentes notes, parce que je n’ai pas d’excellents profs. En fait, le lycée me casse bien les bonbons.
J’aime le skate et faire de la guitare, même si je ne suis pas super doué. (pas du tout, même.)
J’aime les cheveux de Dalila quand il y a du vent. J’aime quand ses mèches enlacent sa nuque toute pâle.
J’aime bien mon chien, Circus. (Ce n’est pas le prénom que j’aime, c’est le chien hein…)
J’aime rester dans dans ma chambre, au bord de ma fenêtre, près de mon toit, avec la musique à fond dans mes oreilles.
J’aime les tags colorés sur les murs tout gris,
…Et l’astronomie.

Je trouve que les étoiles sont les plus belles choses qui existent (après Dalila). Elles sont là pour te faire lever les yeux, elles sont là pour briller dans ton regard, comme si elles utilisaient ta pupille pour s’admirer dans le miroir. Et quand une étoile meurt, elle explose et, en s’assemblant avec l’amas d’autres défuntes étoiles, une nébuleuse naît. C’est comme si elle ressuscitait. (C’est beau, hein.)
Comme une chenille qui se transforme en papillon, les cadavres d’étoiles se transforment en feux d’artifices de l’espace. Si c’est Dieu qui a vraiment tout créé, il aurait pu s’arrêter uniquement à la fabrication des étoiles. Il n’avait pas besoin de se casser la tête en créant inutilement toute cette humanité aussi glandeuse et stupide que Lui, pour rester là, sans rien faire après. Pas vrais?
Juste, un ciel avec pleins de trucs qui brillent dedans, et Dalila en dessous. C’est tout.

***

Sur le trottoir, je prends mon élan à toute vitesse, une clope entre mes lèvres, la chanson « Hot Blood » de Kaleo à fond dans les oreilles, et je laisse rouler mon skate droit devant. Le vent frais du soir me griffe le visage et passe sous mon tee shirt tâché. J’adore tracer en skate. J’aime faire tout rapidement, en fait !

Merde, ma boîte de cigarettes vient de trébucher de ma poche. Rha, je déteste me stopper dans mon élan !
Avant même que je passe mon skate sous mon bras droit pour ramasser mes merdes, quelqu’un a été plus rapide que moi et est en train de s’en occuper, alors je me baisse aussi pour les récupérer.

Dalila.

-« Merci, c’est sympa.
-De rien, tu n’es pas rentré en bus ?
-Non. La flemme.
-Ah, OK. Dis moi, n’aurai-tu pas vu Flo ? Elle devait venir chez moi pour m’aider à mon DM de maths, mais elle ne répond pas sur son téléphone. »

Je ne parviens pas à lui répondre. Le mot « Flo » a paralysé m’a respiration, et je commence à avoir chaud à la tête.

Il y a du sang, de partout, sur les chaussures de Raph, dans les mains de Jim, sur son tee shirt, sur le miens, il y a du sang sur le goudron, et partout dans les cheveux de Flo, sur son visage. Elle a les yeux fermés, elle est pâle et immobile. Pendant que j’appelle le SAMU, je secoue violemment Flo, persuadé qu’elle va se réveiller. Jimmy tremble, a les yeux grands ouverts, répète toujours les mêmes mots, et respire très bruyamment. On ne peut même pas rester avec Flo. Elle voulait dépasser un camion pour prouver qu’elle roule très vite à vélo. Tout cela n’aurait pas dû arriver. Mais c’est arrivé, puisque il y avait du sang, et il ne s’arrête pas de couler. Jimmy est rentré avec sa mère.
Flo ne répond plus sur son téléphone.

– » Tim ? Ce n’est pas grave si tu n’étais pas au courant qu’il y avait un DM en Maths, le prof pourra toujours te laisser un délais supplémentaire. »

Flo est aux urgences, Flo est aux urgences, Flo est aux urgences.

-« Eh oh ? Tu es sûr que ça va ? Calme-toi ! »
Elle pose sa main sur mon épaule, et remarque ces tâches rougeâtres. Son visage se fige, et elle me regarde avec des milliers de points d’interrogation dans ses yeux.

-OK, euh… Viens, viens t’asseoir.
– Flo est aux urgences. Flo est aux urgences. Elle a eu un accident.

J’aime croiser Dalila, que ce soit dans les couloirs du lycée, dans la rue, au magasin, sur la plage… Mais aujourd’hui je ne voulais pas qu’elle me croise, non, pas là, pas maintenant. Quand je veux la croiser, l’occasion ne se présente pas. Lorsque je ne veux pas la voir, eh bien l’occasion se présente. Ce fut le cas trois fois aujourd’hui… Le hasarD fait vraiment mal les choses, et je n’aime pas ça.

-Mais… Attends, quoi ? qu’est ce qu’il s’est passé ?
-Un accident, je viens de te dire.
-Non mais plus sérieusement, Timothée, tu ne vois pas que j’ai envie de prendre de ses nouvelles, moi aussi ? »
Dalila a l’air agacée, car elle lève le ton. Elle ne va pas commencer à m’énerver, elle aussi, hein.

Mon téléphone vibre dans ma poche. Ma mère… J’ai failli oublié que j’avais une mère parano.
6 appels manqués
Meeeeerde.

– » Attends, désolé ma mère m’appelle. Tais-toi, juste deux minutes. »

En fait, Dalila n’attend rien du tout, elle se barre. Elle est vraiment vexée pour rien.

« TIMOTHÉE ! UN PORTABLE, C’EST FAIT POUR RÉPONDRE QUAND ON T’APPELLE ! TU ES AU COURANT OU PAS ? MERDE QUOI ! CA FAIT PLUS D’1 HEURE QUE JE ME FAIS UN SANG D’ENCRE ! T’ÉTAIS OU ? TU SAIS QUE LA PROVISEURE M’A CONTACTÉE CE MATIN ? J’AI HÂTE QUE TU ME DONNES DES EXPLICATIONS !
– Oui bon, ça va, respecte mes oreilles s’il te plaît ! je rentre dans 15 minutes. »

Elle m’a raccrochée au nez.

Pour vraiment arriver dans 15 minutes, je choisis de prendre le bus. Je vais m’assoir au fond du bus mais pas trop, pas du coté de la fenêtre car il n’y a plus de places et ça me fait bien chier, finalement je cède ma place à une petite mémé toute souriante et son sac de courses qui doit peser aussi lourd que moi, je reste debout et un mec puant des aisselles se tient à 1cm de moi.
La joie des transports en commun.

Dieu-en-qui-je-ne-crois-pas merci, une place au fond près de la fenêtre vient de se libérer. Bousculades par-ci, « pardon excusez moi je dois descendre à cet arrêt » par là, mec puant des aisselles se décale, et enfin je m’assois.
Je pose ma tête contre la fenêtre pour regarder le paysage qui défile à la même vitesse que celle du bus. C’est à dire, à 3km/h.
La joie des transports en commun.
Puis ma tête tremble contre la vitre, donc je m’assois « normalement ». Ça ne sert à rien, de toujours vouloir se mettre du côté de la vitre, en fait. On ne peut même pas appuyer sa tête, puis il y a toujours la radio du bus au dessus de toi, avec du SkyRock à fond. Néanmoins, je passe un assez bon moment avec une chanson d’un de mes groupes préférés du moment, à fond dans mes écouteurs : All The Pretty Girls, de Kaleo. Le bus passe par une petite route, avec des bosses. A ma gauche, c’est un trottoir, avec des passants qui se croisent et s’effleurent presque, mais ne se parlent pas, ne se regardent pas, ne se disent pas bonjour. Au loin, en guise d’arrière-plan, il y a un champ de blé, et le soleil s’y couche presque dedans. Et je me dis que ce serait cool, si je le regardait s’endormir, ce soir.
Le bus s’arrête à un feu rouge aussi long que les cours d’anglais avec Madame Vanchelle, et j’ai toujours ce même paysage. Les gens marchent, presque tous dans la même direction, même si on se doute bien qu’ils prendront chacun un chemin différent au bout de la rue. D’autres marchent vites, ils sont très pressés, puis d’autres prennent leurs temps, ils en ont un peu rien à foutre de la vie et de l’heure affichée sur leur montres. C’est bien, d’être comme ça. C’est mieux, d’être comme ça. Puis j’me rends compte que chaque personne a un peu la même expression faciale, c’est à dire que personne ne sourit. Ils regardent le sol, et marchent… Puis je me rends compte que moi aussi j’ai un peu ce même style de visage, car je ne souris pas. Donc, pour me sentir différent, je fais un sourire forcé. 🙂
Mais je me vois dans le reflet de la vitre et je me trouve débile. Du coup je me remets en mode pokerface, comme tous les autres.
Des gens courent, marchent, s’arrêtent, vont, partent, reviennent, comme s’ils devaient vite aller jusqu’au bout du monde… Mais on sait bien que la destination sera pour tout le monde la même : cette nuit, ils seront dans leur lit. Puis le lendemain, si ça se trouve ils se recroiseront, ils s’effleureront presque mais ils ne se parleront pas, ne se regarderont pas, ne se diront pas bonjour, et auront cette pokerface en regardant le sol ou pire, leur téléphone. Mais il ne faut jamais regarder son téléphone, quand on marche, car on peut d’un coup se prendre un poteau dans la gueule et après, on passe pour un con. (Ça m’est arrivé la semaine dernière).
Finalement, on marche on marche, on a un but et une destination en tête, mais c’est une destination où on se rendra pour quelques minutes, ou quelques heures seulement. Au final, personne ne marche vers un objectif qui dure. Au final, personne ne marche en sachant réellement ou il va.
On se croise, on s’effleure presque, mais on ne se regarde pas, on ne se parle pas, on ne se dit pas bonjour.
Puis on avance, sans même savoir ou on va.
C’est un peu ça la vie.

Quand je passe le seuil de la maison, ma mère est assise sur le canapé, les mains dans le visage. Pitié, qu’elle ne remarque pas les tâches sur mon tee-shirt.

Elle est en larmes.

« -Tim… J’ai appris pour Flora, sa mère vient de m’appeler. Je… Je suis désolée de t’avoir crié dessus au téléphone, j’étais vraiment inquiète, puis je ne savais pas que…
– Ça va, ça va… Je suis là, je vais bien. « 
Elle fait semblant de ne pas avoir remarqué le rouge sur mon tee-shirt gris, en fermant les yeux quelques secondes, pour reprendre son calme habituel. Quand ma mère veut ignorer quelque chose, elle ferme toujours les yeux pour faire comme si elle n’avait rien vu. Pourtant, elle a vu. c’est juste que elle ne veut jamais voir la vérité en face, elle a toujours préféré les jolis mensonges. Moi, je n’aime pas les jolis mensonges fleuris, et c’est peut-être pour ça que je ne m’entends pas toujours très bien avec elle.
– Je t’accompagnerai la voir demain matin. Monte te changer, repose toi. Tu veux manger quelque chose ? Je t’ai fais du taboulet !
-Non je n’ai pas faim. Dis moi, est ce que elle est encore en vie ? Pourquoi on ne va pas la voir maintenant ? Comment elle va ? Dis moi tout ce que t’as dis sa mère.
Ma mère referme encore les yeux, et je vois presque sa gorge se serrer.
-Flora était au bloc opératoire tout l’après-midi. Elle est maintenant aux soins intensifs jusqu’à demain soir, si tout va bien. Tim, quand sa mère m’a appelée, Flo n’était toujours pas réveillée… Ce n’est même pas sûr que nous puissions la voir demain. Tu comprends ?…
-Ok, merci… Bon j’ai du travail donc… Je descendrai plus tard, mangez sans moi. »

Tu te doutes bien que je n’ai même pas lu un seul de mes cours. Je suis monté sur mon toit, comme j’aime bien le faire quand j’ai besoin de me retrouver un peu seul. Le soleil se couche, mais pas dans le champ de blé cette fois-ci. Le soleil s’allonge dans les draps de la ville, il enveloppe chaque immeuble. La couleur du ciel est belle. C’est la troisième chose que je préfère après Dalila, et les étoiles.
Les rayons de soleil orangés embrassent les nuages roses, ce qui me rappelle la manière de Flo quand elle embrasse cette fille qu’elle aime, et quand elle lui chuchote près de ses lèvres :
« Tu es mon rayon de soleil »
Sa chérie sourit, et lui caresse le visage, comme lorsque les nuages se caressent entre eux.

C’est con, l’amour quand même.

Je prends ma guitare, et je joue quelques notes. C’est moche, car je n’ai jamais vraiment appris la guitare. (les tutos nuls sur YouTube, tu sais…)
Quand j’avais 9 ans, j’étais fan de Queen, comme mon père. Et je voulais jouer de la guitare comme lui ! Je pouvais passer plus d’une heure à regarder ses concerts, ses solos. Alors pour Noël, mes parents m’ont offert une guitare un peu trop grande pour moi, donc c’est mon frère qui m’a apprit quelques bases.
Mais un jour il s’est passé un truc et depuis je ne joue presque plus.

Une note par-ci une deuxième et troisième par là. Je me rends compte que ça fait une mélodie potable et plutôt cool, donc je répète toujours la même chose pendant 5 minutes.
Oulah, pendant que je gratte les cordes, je me sens mélancolique, nostalgique, t’sais ce sentiment bizarre et pas trop agréable, là. Je sens un truc humide monter sur le bord de mes yeux.

J’allume mon téléphone, et j’aperçois trois notifications :

  • (1) Facebook : Votre ami Jean a réagi votre vidéo : Comment allumer une cigarette en lâchant un pet à l’aide d’un briquet.
    (ouais, bon… Sans commentaire.)
  • (2) Nouveau message : Dalila « Désolée d’être partie si vite tout à l’heure. Je ne voulais pas te déranger plus. Tiens moi au courant si tu as du nouveau concernant Flo… Bisous. »  
  • (3) Messenger : Jim : « Hey 🙂 « 

Je n’hésite pas une seconde : j’appelle Jimmy.

« -Mec, tu tombes à pic. Je suis sur le toit, tu me rejoins ?
-J’apporte tacos !!
-Tu gères. »

Je me retourne en descendant du rebord de ma fenêtre pour constater l’état de ma chambre.
Comme dirait mon père: Ohlala c’est quoi, ce désastre, encore ?
Même si Jimmy est le mec le plus je m’en foutiste de (presque) TOUT, et que ça ne sert à rien que je range mes chaussettes sales alors qu’on va manger comme des gros sur mon toit, je n’ai pas trop envie que mon père débarque avec l’aspirateur, la serpillère, le balais, la planche à repasser en disant : « Ce n’est pas du tout le contexte approprié pour recevoir quelqu’un chez toi, Timothée, enfin… La honte, quoi, sérieux ! ».
En triant mes habits froissés en tas sur mon bureau pour la deuxième fois de l’année, je remarque sur mon étagère une petite boîte dont j’ignorais presque l’existence, à l’intérieur de laquelle se cache un petit papier. Un truc y est écrit.

Salut crapule,

Je t’ai vu fumer à l’arrêt de bus. (Promis, je ne dis rien aux parents si tu acceptes de les écouter, et de leur obéir quand ils te demandent de ranger ta chambre.)

Voici mon tout premier briquet, que j’ai utilisé pour ma première clope. Comme ça, tu penseras à moi, à chaque fois que tu en allumeras une. Du coup, j’espère que tu ne penseras pas trop à moi non plus, pense à vapoter avec modération, aussi.

On se reverra un jour.

La bise,

Ton bro’.

Je lis. Puis je relis encore, et encore plusieurs fois. J’ai l’impression que ce machin a été écrit juste tout à l’heure…
Comment est ce que j’ai pu oublier un tel machin ? C’était là, sous mon tas de bazar entassé sous un autre bazar. Pendant deux ans, j’avais dans ma chambre un mot, écrit sur un papier de la part de mon frère, avec en plus un objet à lui, un objet qui nous liait l’un à l’autre… Et je ne me rappelle même plus si j’avais lu ce bout de papier. Je me sens vraiment con, beaucoup trop con.

« On se reverra un jour »
Ce truc date de deux ans. Deux années, deux fois 365 jours. Je ne sais pas si tu t’en rends compte, mais en fait c’est long, deux ans… Je ne les avaient même pas vus passer. Mais c’est là, devant ce petit bout de papier, que j’ai l’impression que chaque minute devient un bout d’éternité.

Je continue à ranger, et la discussion que j’ai eu avec Raphaël cet après-midi me revient à l’esprit. En fait, je crois que je sais pourquoi je fume.
Mais je ne sais pas si c’est l’unique et seule raison. Bref, il faudrait que j’arrête de me casser la tête, moi…

Quinze minutes plus tard, Jim est déjà assit là, à côté de moi. Il sourit, mais c’est un sourire bizarre, tu vois. Alors j’ai envie de lui demander si il va mieux, patati et patata mais ça ne sert à rien, puisque il répondra toujours pareil :

« Ouais, tranquille et toi ? »

On se goinfre sans dire un mot, il me montre des vidéos débiles du style « essaye de ne pas rire » où des gens tombent, ou bien imitent des clips de Beyoncé déguisés en pizzas gonflables, ou avec des trucs chelous sur la tête…
Ce n’est même pas drôle, mais moi je suis mort de rire parce que le rire de Jim est aussi stupide que les vidéos.
Quand on a fini avec les vidéos « essaye de ne pas rire » (qui sont là pour te faire rire, en fait, donc le titre est vraiment pas cohérent je trouve.) ; un silence se prélasse, le temps qu’on finisse notre Coca.

On parle, on papote, de tout, de rien, du lycée, des profs, des trucs chiants avec ses parents, des trucs chiants avec sa copine numéro je ne sais plus exactement combien, puis il finit sa dernière bouchée de son tacos avec un bruit de déglutition dé-gueu-lasse, en me souriant avec de la salade entre les dents, et me demande dans un petit ricanement aigüe :

« Alors, avec Dalila ? Ça avance ou ça recule ? »

Chapitre précédent : « Entourage »
Chapitre suivant : « Dalila »





Chapitre 2

Entourage

-« Ouah, mec ! Comment tu l’a trop chauffé ! » s’esclaffe Jimmy, en me sautant presque sur le dos.

Lui, c’est Jim. Il a redoublé sa seconde et sa 3e. Il est souvent en survêt, un bonnet à motifs de bananes toujours mit à l’arrache qui pend à l’arrière de la tête. Puis c’est le genre de mec qui drague très mal, mais qui se vante de la manière dont il aborde une fille, et le pire c’est qu’il me donne des conseils pour passer un super rencard avec Dalila… Pourtant, je trouve qu’il est attachant… A sa manière…!
Là où je le trouve incroyable, c’est dans cette manière qu’il a, de toujours tout positiver. Par exemple, là, je me suis fais défoncer la gueule devant Dalila, j’ai 3h de colle vendredi jusqu’à 18h, (Ouais je sais, ça fait mal) mais il me félicite en me secouant comme un prunier.

-« Ouais, bon c’est plutôt lui qui m’a cherché
-Rho c’est pas grave, tu feras mieux la prochaine fois ! »
Je le regarde, en haussant le sourcil vers le haut.
-Mais détends toi mon pote, il n’y aura pas de prochaine fois. Parce que non seulement je me suis fais défoncer par cette armoire, mais en plus de ça, j’ai aussi les parents qui ne vont pas tarder à me mettre des claques si je continue mes conneries… »

Son rire moqueur sur-aigüe me fait malgré tout esquisser un sourire.

« Bah alors Timounet! Il t’as fait une petite retouche maquillage à l’œil droit ou quoi ? Ça te va super bien le violet ! »
(De nouveau le rire stupide de Jim)

Elle, c’est Flora. Mais elle n’aime pas son prénom, donc tout le monde l’appelle Flo ! De loin, elle a plus un style de mec que de meuf, et ça lui va plutôt bien je trouve. Elle aime le vélo, les trucs qui te font de gros trous dans les oreilles. Elle porte toujours une chemise à carreaux autour de sa taille, et la main de sa copine dans la sienne. Ça doit faire environ 1 an qu’elles sont ensemble, et donc, sa chérie  traîne toujours avec nous. Et qu’est ce que elle peut être reloue. Elle parle toujours, toujours toujours toujours, et le pire, c’est que ce n’est même pas intéressant. C’est pas du tout le caractère qui ressemble à Flo, je sais pas ce qui lui plaît chez elle d’ailleurs… Mais bon, elles sont heureuses ensemble et tant mieux.
Elle a deux manies qui lui sont bien propres, et sans lesquelles elle ne serait pas cette petite Flo que nous connaissons tous depuis 2 ans : La première, c’est de toujours pincer la joue lorsque elle veut embêter les personnes qu’elle apprécie. La deuxième, c’est qu’elle a tout le temps des idées im-pro-ba-bles !
Par exemple, pendant les vacances d’été elle s’est inscrite en cachette à un saut de parachute, chose contre laquelle ses parents s’y opposaient fortement. Et attends, le pire c’est qu’elle a vraiment sauté en parachute cette folle ! Elle est partie de chez elle au beau milieu de la nuit, le 5 juillet à 1h du matin. C’était son anniversaire, elle avait 18 ans et voulait marquer le coup ! Pour ne pas se faire cramer par ses parents, elle nous a entraînés dans un plan de malade : j’ai même dû la couvrir le lendemain, en disant à son père qu’elle était en rendez-vous avec la conseillère d’orientation… (Tu parles…)
Et j’ose même pas te parler de cette soirée, au bal de promo qu’avait organisé le lycée, où elle est montée sur scène en m’obligeant à la suivre pour crier dans le micro afin de présenter sa candidature de déléguée pour l’année prochaine. (Et je suis aujourd’hui son suppléant…)

-Ouais, merci Flo… Dépanne moi une feuille s’il te plaît, j’ai pas fumé depuis hier, je n’en peux plus.
-Tiens, je vais faire mieux : Je te la roule pour toi, je sais que mon pauvre Timothée n’a pas eu une journée très douce ! »

Pendant que j’esquive sa tentative de pinçage de joue, c’est Raphaël qui arrive. Yes, putain ! Je vais enfin pourvoir partager la honte de ma vie sans qu’on se foute de ma gueule.
Raph est mon meilleur ami, depuis l’école primaire. J’ai toujours été fasciné par cette maturité qu’il a depuis qu’il est tout petit. Au CE1, il me donnait déjà des morales à la grande philosophie, en me récitant des vers de Jean de La fontaine quand je me foutais de lui en cours d’EPS, par exemple. Ou mieux, il me sortait des citations de Nelson Mandela du style :

« Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu’un d’autre de sa liberté. L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité »

(Nelson Mandela)

lorsque je voulais un peu trop faire mon chef à la cour de récréation.
Oh ! et je ne peux pas te parler de Raphaël sans te raconter cette anecdote : Un jour, la maîtresse nous a fait une longue morale de une demie-heure, car une fille avait du mal à réciter sa poésie devant toute la classe. Alors, elle s’en ai prise à tous les élèves, en disant que si nous ne sommes pas capables d’apprendre un simple poème, on aurait beaucoup de mal à réussir dans la suite de notre scolarité. Eh bien, tu sais ce qu’a fait Raphaël ? il a poliment levé le doigt, (en faisant attention de ne pas parler avant que l’exécrable maîtresse l’interroge), a levé délicatement ses petites fesses de la chaise, a mit ses mains soigneusement derrière le dos et a récité de la manière la plus naturelle qui soit :


« Il est difficile d’expliquer à quelqu’un qui a les idées étroites qu’être éduqué ne signifie pas seulement savoir lire et écrire et avoir une licence, mais qu’un illettré peut être un électeur bien plus éduqué que quelqu’un qui possède des diplômes. »

(Nelson Mandela)

La maîtresse ne savait pas comment réagir face à une telle réaction d’un gosse de 7 ans, alors elle l’a renvoyé chez le directeur, qui n’a pas su comment le punir en raison de la capacité incroyable de Raphaël de se défendre au travers d’une sacrée éloquence.
Pour tout te dire, il a en fait apprit par cœur une bonne partie des citations de Nelson Mandela en notant chacune d’elle dans un petit carnet. Il a toujours été passionné par ce grand homme !
Aujourd’hui, il est fan des salles de musculation, du jogging à 8h les samedis matins, et tout ce qui fait transpirer. Il aime faire attention à son hygiène de vie, faire gaffe à ce qu’il mange, à ce qu’il boit, à ce qu’il respire… Bref, t’as compris quoi !

Lorsque il m’aperçoit, il me regarde, interloqué, comme si il analysait mon visage.
J’anticipe :
« -Oui, je sais, j’ai un coquard, je sais, je sais, je me suis battu c’est pas bien.
Il hausse des sourcils, et rigole silencieusement.

-Allez viens, on va boire un truc à la cafétéria. Dit-il, en me tapant l’épaule.
Jimmy, Flo ? Vous nous rejoignez ?
-J’attends ma copine, on vous rejoint dans 15 minutes !
Répond Flora en me tendant mon roulé de shit, puis deux autres sachets en rab
-Merci, t’es la meilleure.

Puisque Raphaël est près de moi, je vais éviter de l’allumer, si je ne veux pas de morale d’1h sur les conséquences néfastes de fumer. Puis il fait gaffe à ce qu’il respire, de toute façon…

Sur la terrasse, le soleil tape sur ma peau, mais ma bière me glace la gorge, et j’adore cette sensation. Raphaël et moi se tapons des fous rires en imitant chacun son tour la réaction de ma mère si elle avait assisté au baston de ce matin !
Ça a aurait été épique, pas vrais ?!
Après 5 minutes de bon délire, un petit silence s’impose, le temps que l’on reprenne un peu notre souffle. Mais je pense que Raphaël est comme moi, il n’aime pas trop les silences au milieu d’une discussion.

-« Eh, au fait ! J’ai une question
(Oh putain…) 
-Ouais, balance ? Dis-je, avant de finir ma bière en cul sec.
-Pourquoi tu fumes ?
Rhooo, Raph, tu vas pas recommencer ! Je sais, des études ont été menées en 1990 par des étudiants Russes de 10ème année de médecine qui ont analysé les effets néfastes, maudits, sorciers et mortels de fumer deux clopes par jour. Leurs expériences du turfu ont démontrées que le tabac te bouffait ton espérance de vie, et que tu avais 50% de chances de mourir à 31 ans.
Il ri.
-Tu exagères.
-Eeeh, pas tellement ! A t’entendre, on dirait vraiment ton discours ! Tu te souviens en 6e, quand tu as giflé Flora parce que elle s’était ramenée avec sa première cigarette ?!
-Timothée, tu mélanges tout ! Puis de toute manière, j’ai arrêté de te conseiller d’arrêter de fumer, car tu as 17 ans, et je pense que t’es au courant de tout ça. Bon, reste à voir pour les statistiques, là t’es pas trop au point par contre…
-Ouais, ouais bon, osef  des statistiques ! Pourquoi tu m’as posé cette question, en fait ?
-J’y viens : En cours de bio, on doit préparer un exposé sur les conséquences ainsi que les choses à savoir sur l’alcool, la cigarette, des drogues, et les relations sexuelles, afin de faire de la prévention et de la sensibilisation dans un collège. Et du coup, avec mon groupe de travail, on a choisi le sujet de la cigarette.
-J’suis sûr que c’est toi qui a proposé l’idée de la clope ! Dis-je, pour le taquiner.
Pour me faire taire, il me jette son reste de glaçons à la figure.
-Laisse moi terminer, ohlala ! donc, je disais, que pour enrichir notre exposé, nous avons décidé de faire un sondage en posant cette question à des fumeurs, dans notre entourage.
Du coup, je te relance la question : pourquoi tu fumes, et surtout, pourquoi as-tu commencé ?
-Bah j’sais pas, moi.
-Tu ne m’aides pas trop, là…
-Eh bien, là, maintenant, tout de suite, non, je ne vais pas réfléchir sur le sens de ma vie qui m’a amené à allumer mon premier joint ou ma première clope, je ne sais même plus. Mais laisse moi un ou deux jours pour y réfléchir vite fait, et je te dis. OK ?
-Ouais, bon OK! »

Pour l’embêter, je lui propose le joint soigneusement roulé de Flo, et il me répond avec un petit coup dans l’épaule.
Haha, t’es con… 

« – Jimmy est là ! regarde le, comme il court ! Trop chelou !
S’esclaffe t-il, ce qui me surprend.
Je regarde Raphaël, interloqué : OK, il est Le Sportif par excellence, mais ce n’est pas une raison pour critiquer ceux qui ne courent pas comme lui…
Il a l’air de ne pas très bien comprendre, car il continue de scruter Jim attentivement de loin, en plissant les yeux, les sourcils froncés.
Alors je le regarde à mon tour, et en effet quelque chose cloche: Il semble courir avec un truc dans les bras, mais c’est flou, il est loin…

« -JIM !! JIM ! »
Raph se lève brusquement en faisant tomber la chaise au sol et court vers Jimmy. Tout se passe très vite.
Je les rejoins, en courant moi aussi, sans trop savoir pourquoi… Derrière moi, le serveur nous lance des injures :

– » Eh oh, vous là-bas ! Espèces de voyous de merde ! Allez-y, courrez, vous allez voir c’que vous allez voir ! Je vais appe… »
En fait, je n’ai pas vraiment prêté attention à ce qu’il m’a dit par la suite.

J’arrive enfin à l’endroit où Raphaël a rejoint Jimmy

Flo est allongée au sol, inconsciente et du sang coule derrière sa tête, sur le sol, sur les chaussures de Jimmy, partout. J’ai du mal à faire sortir un son de ma bouche…
– » C’est quoi ce bordel, qu’est ce qu’il s’est passé ?!
-Tais toi, appelle le SAMU, et bouge toi, me dit Raphaël, en essayant tant bien que mal de stopper l’hémorragie avec son tee-shirt.
-Mais je sais même pas ce qu’il faut dire au téléphone moi !
Je lève les yeux vers Jimmy, il essaie de parler mais il est incompréhensible. C’est la première fois de ma vie que je le voit comme ça.
J’appelle le SAMU, je décris de mon mieux ce que je vois tout en tâchant de bien répondre correctement à leurs questions. Ma voix tremble, mais je crois que je me débrouille plutôt bien, finalement.

Je ne sais même pas ce que je suis en train de ressentir, tout se passe tellement vite, je ne sais pas quel sentiment choisir, là, entre l’angoisse, le choc, l’incompréhension, la haine, la tristesse… Puis pleins d’autres trucs chelous.
Ça semble irréel.

Quand le SAMU embarque Flo d’urgence, nous apprenons que nous ne pouvons pas l’accompagner, en raison de trucs chiants que j’ai pas trop compris, à part le fait que nous ne sommes pas majeurs, sauf Raph mais il a refusé de me laisser seul avec Jim qui a l’air d’être sous un truc du genre état de choc…

On s’assoit sur un banc, au fond du parc et on parvient à le calmer. Il tremble, mais on lui donne à boire, en entourant ses épaules avec nos bras.

« – Vélo… Elle est tombée à vélo sur la route, elle voulait… Elle voulait se lancer le défis…de dépasser un camion, j’ai voulu l’en empêcher je vous jure… J’ai tenté de la rattraper mais c’était trop… trop tard, j’ai vu du sang… et une voiture l’a percutée… J’ai vu du sang, beaucoup de sang, de partout par terre, sur mon tee shirt et dans ses cheveux, puis… Puis je l’ai portée jusqu’ici mais j’arrivais pas… Pas à courir assez vite avec elle… Avec elle dans mes bras… Je voulais pas… Pas que que tout ça arrive… »

Je regarde Raphaël, car je ne sais pas quoi répondre. Mais il garde lui aussi le silence, il ferme même les yeux et je peux juste entendre sa respiration, voir sa sueur couler dans sa barbe, et le sang de Flo devenir presque sec sur ses mains.
En fait, on reste silencieux. Nous sommes assis là, tous les trois sur ce banc à l’ombre, serrés les uns contre les autres en se tenant les mains très très fort, comme si on s’agrippait au rebord d’une falaise, pour ne pas tomber dans le vide. Et je crois que nous sommes restés comme ça une bonne dizaine de minutes.

C’est fou ça, j’ai à peine eu le temps de te présenter mes potes et de te raconter ma vie que une d’entre eux est quelque part, entre la vie et la mort. Désolé, cher lecteur, désolé cher lectrice pour cet inattendu… Je te tiendrai au courant de son état.

Après un long moment, nous décidons d’appeler la mère de Jimmy pour qu’elle vienne le chercher.
Au moment où elle sort de sa voiture totalement effarée, elle jette un regard noir à Raphaël et moi, comme si nous étions entièrement responsable de la situation. Elle met soigneusement Jim dans la voiture, qui demeurait toujours dans cet état aussi étrange que indescriptible et triste à voir en même temps… Et la bagnole s’éloigne aussi vite que lorsque elle est arrivée. Raphaël rentre à pieds, après m’avoir demandé environ 6 fois si j’étais vraiment sûr de vouloir rentrer tout seul, après quoi il m’a recommandé de prendre soin de moi, et de ne pas trop tarder à rentrer, patati et patata.

J’allume ce joint que Flo m’a roulée il n’y a même pas 1 heure.
Et là, je regarde la fumée s’échapper de ma bouche, en espérant seulement que ce n’est pas la dernière fois que je fume le sien…

Je revois le sang et je revois Flo inconsciente, inactive, pâle, immobile, presque absente. Je revois Jim tout rouge, courir avec Flo dans ses bras. Je revois Raphaël, les mains dans les cheveux, dans le visage, puis de nouveau dans les cheveux, tout en se mordant les lèvres pour ne pas pleurer. Je déteste son visage, lorsque il est comme ça. Car c’est plus triste de voir quelqu’un qui se retient de pleurer plutôt que quelqu’un qui pleure à chaudes larmes. Voir tous les traits de son visage, qui se tordent, se contractent, se tirent, pour empêcher toute larme de s’écouler, puis le voir sourire avec des cris dans les yeux, qui te disent : « J’sais que je ne suis pas crédible. Mais s’il te plaît, fais comme si tu me voyais gérer la situation ». En fait c’est ça, la douleur.
Et moi, je me vois dans le reflet d’une vitre pas loin en face. Moi aussi, j’ai ces traits dans le visage qui tirent de tous les côtés
Je suis là, stoïque, en train de fumer ce truc de Flo. Rien d’épatant.
Pourquoi je fume, d’ailleurs ?

Bah j’en sais foutrement rien. Tu fumes, toi ?

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Chapitre 1

« En gros : ma vie »

« TIM ! TIMOTHÉE ! IL EST 7h00 ! TIIIIM »

Eh merde, il faut vraiment que je fasse quelque chose pour ce foutu réveil. Et si Dieu existe : qu’il fasse taire ma mère, je n’en peux plus quand elle crie à tue-tête à une heure parei…

-« TIMOTHÉE ! TU VAS ENCORE ÊTRE EN RETARD »
(OK, Dieu n’existe clairement pas).

En dévalant l’escalier comme une avalanche de neige, je me fais pitié en m’apercevant dans le reflet de la baie-vitrée en face de moi : Je saute une marche sur deux, en essayant tant bien que mal d’enfiler mon pantalon et mon sweat… Sérieux, à force d’être en retard 8 fois par semaine, je vais finir par acquérir de plus en plus d’expérience, et je deviendrai le meilleur athlète qui court constamment après le temps.
Mouais bon, j’ai le bac cette année, c’est moins délire.

Pendant que je prépare mon sac tout en buvant mon café, ma mère demeure imperturbablement paisible sur la terrasse qu’elle a aménagé en petite serre modeste . Elle arrose chaque plante avec le plus grand soin, comme une enfant qui consomme toute sa concentration pour faire un A  majuscule. C’est bizarre, quand je l’entend crier, je l’imagine s’arracher les cheveux, balancer habituellement des trucs au sol, mais non: Quand je descends, en fait elle est tranquillement en train de parler à ses eucalyptus… Ouah, elle a bien changé ma mère.

-« Salut maman !
-Bonjour, Tim. c’est ton père t’accompagnera au lycée, les bus ne fonctionnent pas aujourd’hui.
-Encore ? ça fait deux fois depuis une semaine qu’ils nous font le coup. Putain, vivement que j’ai ce foutu permis…
-Et moi ça fait la énième fois que je te répète de parler correctement.
-Rho ‘man, on est en 2018, tout le monde parle comme ça, laisse moi respirer un peu !
-Tu insultes comme tu respires, ça devient fatiguant à la fin.
-Bah tu crois que tu lui parlais comment, à papa ? Hein ? »

J’ai merdé. J’suis mal réveillé, mon café est froid et les bus me soulent, je ne réfléchis même pas à ce que je dis. (Pfff, je n’ai même pas à me justifier, mes arguments sont pourris en plus… Faut que j’arrête, ça aussi). Je sais bien que ma mère reste volontairement silencieuse par rapport à ça, et moi je lui balance le passé à la figure, là, à 7h15 du matin. Je suis intérieurement désolé, mais je n’aime pas l’être. Je cache donc ce sentiment de regret par mon masque habituel de la fierté, je dégluti mon café en une gorgée, je pose ma tasse dans le lave-vaisselle et je m’en vais en vitesse rejoindre mon père dehors.

« – Tu n’aurai pas oublié quelque chose ?
-Quoi ?
-Ton sac… Il pourrait peut-être te servir, au lycée tu crois pas ? « 

Elle a un sourire en coin, comme pour essayer d’attendrir la situation. Mais elle a les yeux timides. Elle n’ose pas me regarder en face, et je connais ce regard. Ces yeux qui ne veulent pas regarder ceux qui les ont blessés. Je n’aime pas ça. Je prends mon sac en la remerciant et passe le seuil de la porte, en l’entendant au loin dire :

« A ce soir mon chaton »

Je déteste quand elle m’appelle comme ça, d’habitude… Mais cette fois, l’idée de lui en vouloir pour ça m’a à peine traversée l’esprit.

En montant dans la voiture, mon père met du Queen à fond. On roule sur le rythme de sa chanson préférée : « Fat Bottomed Girls »,  comme toutes les fois où il prend la voiture, on n’a pas notre mot à dire. D’abord son truc, son Queen, sa radio pendant 5 minutes, après nos oreilles peuvent enfin respirer. A vrais dire, ça ne me dérange pas tant que ça, c’est mon père, c’est tout ! Tu connais, ce genre d’habitude reloue que quelqu’un a tout le temps ? Bah finalement, ça te fait ni chaud ni froid. C’est même rassurant de voir que cette personne ait toujours cette habitude reloue, ça montre que c’est bel et bien elle. Ça fait parti d’elle, ça fait d’elle ce qu’elle est maintenant. Par exemple, si mon père se met à mettre de la musique classique en montant dans la voiture, je me poserai des questions…

Moi, je suis + reggae, mais j’kiffe bien le rap aussi. J’aime également le groupe Guns N’ Roses . Avant, j’écoutais beaucoup, voir uniquement du métal. Le groupe Metallica était l’accompagnement de mon quotidien. T’sais, on a tous eu cette période « chui trop un rebelle vénère contre tout » Pas vrai ? Mais bon ! A force on s’en lasse, et nos goûts changent.
Haha, je me souviens de cette journée en 3e (ou en seconde, je sais plus trop exactement… J’ai une mémoire un peu nulle, ne m’en veux pas !) En tant que délégué suppléant, j’avais participé au conseil de classe. Les profs m’avaient bien pourris en s’esclaffant sur mes résultats scolaires… Moi, j’me retenais pour ne pas péter un plomb, je trouvais ça tellement injuste ! Quand cette foutue réunion était enfin finie, je suis parti en claquant la porte. ENFIN arrivé chez moi, je me suis enfermé dans ma chambre: J’ai mis à fond la chanson Phoenix du groupe For Today  (écoute, ça déchire !). en secouant ma tête comme font les chanteurs en concert tu sais ? Je balançais des trucs au sol, et vlan mes cahiers, et bam ma lampe de bureau, boum ma tasse… Je devais tellement être ridicule ! Je déversais toute ma frustration, bref, j’étais en pleine crise d’ado quoi. Pauvres parents…

– » A quelle heure tu finis, ce soir ?

-A 16h, comme tous les lundis

-Ok, je ne serai pas encore sorti du bureau à cette heure-ci. Tu préfères attendre 1h30 au lycée, ou je dis à ta mère de venir te chercher ? »

Je sais d’avance que le trajet avec ma mère serait gênant. J’ai été blessant ce matin, puis elle, elle ne met jamais de musique en voiture, ce qui rend le silence encore plus pesant. D’un autre côté, attendre 1h30 au lycée, trop la flemme. A moins que mes potes terminent à 16h, on pourrait aller boire un truc au bar d’en face en attendant…

« – Je ne sais pas. Je t’envoie un message dans la matinée pour te tenir au courant »

Il me regarde, dans le rétroviseur. Ce regard de papa qui semble décrypter chaque mouvement de ton visage pour analyser le fond de ta pensée. Mon père a un sacré talent pour ça, et je dois avouer que ça fait parfois flipper. Après avoir enfin trouvé une place sur le parking, il baisse la musique. Et c’est là que je reconnais ce lourd silence, comme dans la voiture avec maman.

« – Je t’ai entendu parler dans la cuisine, ce matin, dit-il, d’une voix grave et douce à la fois. Un ton de voix particulier, qui te laisse deviner qu’un mot en signifie 3 à la fois, et qu’il faut que tu te prépares à recevoir une leçon philosophique et morale sur ta vie familiale, amoureuse, sociale et personnelle.
-Ah, ok bah… euh, super ! j’suis en retard, à ce soir papa » ! Quand je m’apprête à ouvrir la portière, je me rends compte qu’elle est verrouillée. -« Il reste 10 minutes. c’est moi qui t’es accompagné, tu es en avance. T’inquiète. « 

Je reste silencieux. Je regarde par la fenêtre, et en effet il n’y a presque personne devant le lycée, sauf… elle.
Dalila. Dalila. Adossée contre un mur, écouteurs dans les oreilles, elle fixe droit devant elle en rangeant soigneusement sa mèche blonde derrière son oreille, juste avant de masser sa nuque comme si elle avait un torticolis. J’adore quand elle fait ça. C’est son habitude à elle, c’est ce qui fait d’elle ce qu’elle est, c’est son charme à elle et personne ne fait ce geste comme Dalila le fait. Elle a un long tee shirt rouge et je la voit râler de loin à cause du vent. J’aime bien quand elle râle, car elle a toujours cette fossette devant son sourcil gauche lorsque elle est nerveuse.

« – Tu m’écoutes ?
-Oui, oui, pardon j’étais en train de penser à… mon contrôle d’anglais

Deuxième silence

« – Tu sais, ta mère est quelqu’un qui montre très peu ce qu’elle ressent, lorsque elle va mal. Enfin, surtout depuis le jour où ton frè…
-Je sais, je sais oui
-… Donc elle ne te montrera pas que tu l’a blessée ce matin, elle fera toujours en sorte qu’on ne remarque pas ce genre de chose chez elle.
-Ouais j’sais ouais
-Alors je te demande si tu as tout de même conscience, malgré le jeu cache-cache des émotions de ta mère, que tu y es allé un peu fort ? Que ça l’a impactée ? »

Pourquoi il prend sa défense, d’un coup là ? Je croyais qu’il ne l’aimait plus.

« Je sais. »

Son regard, le rétroviseur, le silence, et Dalila toute seule, l’heure défile, je vais encore perdre mon occasion pour lui parler. ‘Fait chier.

« J’irai m’excuser t’inquiète » dis-je une bonne fois pour toute, en espérant qu’il arrête de me séquestrer dans sa bagnole.

Avant de déverrouiller la portière, il dit d’une voix basse:

« Timothée, je ne te demande pas de te forcer à lui demander pardon. Je te demande de te comporter comme un garçon de 17 ans responsable, qui respecte sa mère. »

Demander pardon.

« Je ne te demande pas de te forcer à lui demander pardon »


Pourquoi se forcer  ? Est ce que demander pardon suscite vraiment une violence à soi même ? Si dire « pardon » est difficile, et que nous nous forçons à le faire, on devient en colère, car nous avons forcé notre nature humaine rancunière, égoïste et lâche à se soumettre à un si petit mot, délicat et tellement gros à la fois… Alors finalement, lorsque nous demandons pardon, sommes nous sincèrement, honnêtement, et vraiment désolé(e) ?

Dehors, il crève de chaud. Je ne sais pas toi, mais je déteste l’été ! En plus je pue quand je transpire, puis les moustiques envahissent toujours ma chambre… Je fonce jusqu’au lycée, juste pour la clim et passer me prendre un truc frais à la machine de sodas, quand je sens une main se poser sur mon épaule. une odeur de parfum doux et sucré envahie mes narines, et une voix claire résonne dans mes oreilles

« – Hello Tim ! »

Je me retourne, prêt à faire mon plus beau sourire à Dal…

« -Are you ready for the test ? Don’t forget it ! I hope you’ll have a good result, for this time, Tim ! »

Ouais ouais, i’m rédi for youre test ouais. Pfff, je suis dégouté… Dalila traîne avec ses copines qui ricanent comme des dindes au fond du couloir. Je me contente de lui répondre avec un délicieux hochement de tête bien hypocrite, et je file. Je trace, même. Je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de marcher vite. Je n’aime pas cette journée. Je n’aime pas la manière dont elle a commencé. Je n’ai pas aimé la discussion avec ma mère. Je n’ai pas aimé la discussion avec mon père. Je n’ai pas aimé prendre ma prof d’anglais pour Dalila. Je n’aime pas ma prof d’anglais et sa voix toujours enthousiaste et sur-aïgue, avec son accent américain exagéré qui ne fait même pas américain. Je n’aime pas les copines de Dalila. Je n’aime pas leurs rires. Je n’aime pas la machine de boissons qui marche pas. Puis je n’aime pas l’été.

Je trace.

-« Eh, tu peux pas faire gaffe un peu ?!
-Ça va, pas fait exprès.
-Pas fait exprès ? Tu t’fous de ma gueule ?! Tu m’as carrément foncé dedans!
-Eh ça va, n’exagère pas non plus. J’me suis excusé, c’est bon.
-Moi ? j’exagère ? Tu veux voir si j’exagère ? »

Je décide d’ignorer, et de repartir en cours. Quand je vois Dalila qui, apparemment interpellée par la bousculade, nous observe de loin… Je ne peux pas. Je ne peux pas fuir comme un lâche alors que je suis provoqué sous ses yeux. Je décide de prendre la situation en main.

-Bon tu veux quoi au juste ? » Je hausse le ton, en mettant légèrement en avant mon torse et en hochant la tête en avant.

Il se met à rire. Un rire arrogant.

Il vient de pousser mon épaule.

-« P’tit con, va »

Je le pousse contre le mûr. Dalila a la main devant sa bouche, ça doit vachement l’impressionner. Il me repousse contre le mûr d’en face, je lui attrape le col, mais il me repousse. Quand j’essaie de lui en mettre une, il me tord le poignet et me repousse encore plus fort.

-« Va te faire foutre »
Voilà tout ce que je trouve à répondre.
Maintenant, j’ai un coquard.

Dalila est partie… J’ai honte, mais je n’aime pas ce sentiment, alors je laisse un sourire se dessiner sur le coin de mes lèvres, comme si j’étais vainqueur du combat.
Mais en fait, je ne suis vainqueur de rien du tout. Et lui non plus d’ailleurs, puisque nous sommes finalement tous les deux à la même ligne d’arrivée : le bureau de la proviseure.

Bon, au moins je loupe le contrôle d’anglais…! Super journée, non ?

Résumé
Chapitre suivant : « Entourage »






Épi de blé

Résumé


Plonge dans l’aventure d’un jeune garçon tout à fait ordinaire qui fait une rencontre extraordinaire, qui bouleversera sa vie.

Chaque semaine, un p’tit bout d’aventure. Chacun d’eux montre la croissance d’un garçon tombé bien bas, mais relevé, petit à petit. Mêlé entre drame, humour, un peu de philosophie et beaucoup d’Amour, l’ensemble de l’histoire reste centré sur la relation magnifique entre un jeune lycéen et de Celui qu’il a rencontré, évoluant sans cesse.

Et toi ? Te reconnaîtrais-tu, au travers de ce personnage ? Pour le savoir, je te laisse le découvrir !
Alors une bouchée à la foi. Une semaine, un chapitre, une histoire.

Peut-être même… Bientôt la tienne ? Allez, à l’aventure !

Chapitre suivant : « En gros ma vie »